Le Pérou : du côté du Pacifique.
31 oct. 2016
6 min de lecture
S'il y a une chose que j'ignorais, c'est bien l'existence d'un désert au Pérou. Et pourtant il est immense, environ 1000 km de long sur 60 km de large. C'est un désert côtier qui longe le Pacifique et c'est le plus aride du monde avec moins de 30 mm de précipitations par an.
Paracas.
Paracas est un village de pêcheurs du bord du Pacifique situé au sud de la capitale Lima.
Ici, le désert se jette dans la mer. Je peux vous dire que c'est beau à voir.
Sur une dune, on aperçoit un candélabre, datant probablement du XIXème siècle. Il fait 180 m de haut et 70 m de large. Sa signification n'est pas établie avec certitude. Il s'agirait d'un amer pour les pirates de l'époque...C'est étrange que l'on n'est pas trouvé d'écrits sur cette sculpture dunaire.


Une excursion à la journée permet d'aller découvrir le matin la faune au plus près des îles Ballestas à 1/2 heure de bateau, et l'après-midi on va faire un tour dans le désert jusqu'à un petit village de pêcheurs où le retour de pêche rend fous les pélicans.
On ne met pas pied à terre sur les îles Ballestas bien secouées, elles sont protégées. Des milliers d'oiseaux y ont élus domicile. Des fous de Bassan, des cormorans, des sternes, des pélicans, quelques manchots.
Le spectacle est grandiose !

Mais l'attraction, ce sont les lions de mers qui se prélassent au soleil.



L'après-midi, on part faire un petit tour dans le désert au bord de la mer, ce qui donne des points de vue spectaculaires !

Au retour de pêche, les pélicans se ruent auprès des bateaux pour avoir leur part. C'est la cohue !



Je les trouve beaux avec leur bec et leur membrane bleu blanc rouge. J'aime beaucoup cet oiseau que je vois souvent en voyage, dommage qu'il n'y en ait pas dans nos petits ports bretons, parce qu'ils assurent le spectacle.
Près de ce petit port de pêche, une plage de sable rouge est interdite, car protégée. Dieu qu'elle est belle avec le désert ocre jaune qui vient y mourir !

Nazca.
Nazca est une petite ville dans le désert. Elle ne vous dit peut-être rien comme ça, de prime abord, mais vous allez voir que vous connaissez.
Il y a à Nazca l'une des plus grandes énigmes archéologiques de la Terre.
Les Nazca vécurent entre -200 ans av J.C. et 800 ans de notre ère. C'est donc sur des dizaines de générations que ce peuple s'est exprimé. Leur oeuvre n'a été découverte que dans les années 1930 lorsque les vols commerciaux ont commencé à survoler la zone désertique.

On découvrit des lignes de plusieurs kilomètres tracées sur le sol de ce plateau désertique ainsi que des formes géométriques (rectangles et triangles) qui filent vers l'horizon, se croisant dans un apparent désordre. Il y a plusieurs théories.
Les lignes et les formes géométriques auraient une orientation astronomique, pointant tantôt en direction du soleil lors des solstices, tantôt en direction de constellations, notamment celle d'Orion.
Elles seraient aussi dirigées vers les rivières proches ou les points d'eau. On est dans le désert, mais les nappes phréatiques sont chargées d'eau.
Elles auraient aussi servi de parcours et de lieux pour leurs rituels religieux.
On découvrit aussi d'énormes figures animales très reconnaissables. Elles auraient elles aussi un rapport avec les constellations. N'étant visibles que du ciel, elles attireraient l'attention des dieux sur la nécessité de faire pleuvoir.
Je vous embarque avec moi dans un Cessna. Le vol dure 30 mn et ça coûte 80€.

La baleine et le chien (long de 51 m)


Le singe, long de 93 m.

A cet endroit, le désert est caillouteux. Ces lignes et ces figures, d'une profondeur de 10 à 30 cm, ont été tracées par un simple déplacement des cailloux qui couvrent le sol désertique, laissant apparaître un sol plus clair en dessous.
Le colibri, long de 96 m, et l'araignée, longue de 46 m.


Les mains, dont une à 4 doigts.

L'étonnant état de conservation est dû au fait qu'il n'y a pas d'intempéries. Il ne pleut pas et il n'y a pas (ou peu) de vent. Il n'y a donc pas de phénomène d'érosion. Ceci depuis des siècles...
Arequipa.
Une belle ville coloniale riche en cathédrale, églises et musées. Le centre historique est superbe ! La place d'armes, carrée, est vivante avec tous les habitants qui y prennent possession toute la journée jusque tard le soir. Tout autour, de magnifiques arcades sur 2 niveaux abritent presque exclusivement des restaurants et des agences de voyages. La cathédrale blanche (entrée gratuite...) est immense et bien conservée. Elle est en tuf de lave. Elle prend toute la largeur de la place, soit 100 m environ. C'est certainement l'une des plus belles cathédrales d'Amérique latine.
Belle de jour.

Belle de nuit.

J'ai visité 2 musées absolument magnifiques !
Tout d'abord, le musée santuarios andinos (sanctuaires andins) nous fait découvrir l'histoire de Juanita, cette jeune inca retrouvée en 1995 au sommet du volcan Ampato (6288 m). Suite à l'éruption d'un volcan voisin (en 1995), sous l'effet de la chaleur, le glacier de l'Ampato à fondu de 15m, faisant découvrir une momie inca congelée vieille de 550 ans. Elle a été découverte par des alpinistes. On l'a appelée Juanita, elle avait 13 ou 14 ans, et mesurait 1,40 m. Elle a été choisie parce qu'elle était de bonne famille, pure et belle. C'était un honneur pour la famille. Elle savait qu'en montant là-haut, la mort l'attendait. Il faut imaginer l'ascension d'un glacier à plus de 6000 m, les pieds gelés sûrement et dans un état d'extrême fatigue. Pauvre Juanita.
On a trouvé des traces d'alcool dans son corps. Elle aurait été soûlée et tuée d'un coup de massue sur la tempe droite (trace de fracture importante) au sommet de la montagne et laissée en offrande au Dieu de la montagne. Les Incas pensaient ainsi conjurer les catastrophes naturelles, en particulier l'éruption du volcan Ampato où on l'a retrouvée. Divers vêtements et objets retrouvés près d'elle, puis restaurés, sont visibles dans cette exposition. Le plus surprenant, c'est qu'elle est exposée (je l'ignorais), préservée à -20°C dans un congélateur transparent fabriqué pour l'occasion et offert par le Japon. C'est à peine croyable, mais elle a conservé sa peau et sa chair. Elle a toutes ses dents, ce sont ses vrais cheveux. Je peux vous dire que la voir comme ça donne la chair de poule, c'est insoutenable. Mais j'ai éprouvé de la gêne, je ne suis pas resté longtemps à la regarder.
L'exposer ainsi est à la limite de l'indécence. Je conçois que sa découverte est importante pour la connaissance de la civilisation Inca, mais, à mon avis, il eût mieux valu qu'on ne la trouve pas et qu'elle repose toujours en paix là-haut.
Tous mes respects Juanita.

Le deuxième musée, c'est le monastère Santa Catalina. Une pure merveille !
C'était un monastère de luxe pour de jeunes religieuses issues des grandes familles coloniales espagnoles fortunées du XVIè au XIXè siècle. Je vous invite à lire l'article très bien écrit que le Monde a consacré à ce monastère (voir l'onglet lien)
Les religieuses ayant fait vœu d'isolement n'étaient pas à plaindre. Elles étaient propriétaires d'appartements avec salon, lit en alcôve, cuisine personnelle à ciel ouvert avec four, salle pour les ablutions, cabinet d'aisance et même, pour certaines, de quoi loger leur esclave africaine...Certaines avaient un piano ! Il y avait des réceptions, comme dans le grand monde. C'est une ville dans la ville, protégée par de hauts murs, avec ses ruelles, ses cloîtres, sa place avec la fontaine, ses bains-douches. Elles ne se refusaient rien les capricieuses. Il faut dire qu'elles finançaient elles-mêmes le couvent. Un endroit surprenant, bien conservé et très beau avec ses bâtiments ocre rouge ou bleu indigo.
Remarquez le lavoir avec ses demi jarres.
C'était un monde à part de l'église traditionnelle. Juanita y aurait été heureuse...





Le canyon du rio Colca.
Les péruviens disent que c'est le canyon le plus profond du monde. En fait, c'est une grande vallée longue de 100 km environ qui s'étend de Chivay à Cabanaconde. Des milliers de terrasses agricoles, avec un système d'irrigation, ont été aménagées il y a 1500 ans ! par les indiens colluhuas. On y trouve des champs de maïs, de blé, de quinoa, de pomme de terre, entre autres.
C'est à Cabanaconde, le dernier village, que j'ai séjourné 2 jours. Descendre le matin les 1200m de dénivelé dans le canyon, c'est facile, mais remonter l'après-midi sous une chaleur écrasante s'est révélé être un moment difficile.
C'est grand et c'est beau.



Les femmes du village sont habillées de façon traditionnelle, avec des vêtements et des chapeaux magnifiquement brodés.
Cette femme âgée, aveugle, n'a plus de mari, et ses enfants sont loin, à la ville, m'a-t-elle dit. Il ne lui reste plus que son chat pour lui tenir compagnie.

Sur la route du retour vers Arequipa, des lamas (bruns) et des alpagas (blancs) pâturent dans la pampa.

C'est sur cette belle image de sérénité que s'achève mon séjour au sud du Pérou. De ce que j'ai vu, c'est un très beau pays, riche dans sa diversité.




















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