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Le Chili : la Patagonie magique !

5 févr. 2017
9 min de lecture

On n'arrive pas en Patagonie comme ça, c'est toute une aventure. Le trajet de Puerto Montt à Chaiten prend 10 heures, dont 4 portions en bus et 3 portions en ferry. Le bus monte dans le ferry, reprend la route jusqu'au prochain et ainsi de suite. Dommage que le temps était couvert.




Futaleufu.

Futaleufu est un petit village à 10 km de l'Argentine. J'y suis resté 2 jours mais on peut y passer une semaine tellement c'est sympa. Le village est entouré de montagnes, de rivières (j'y reviendrai) et de lacs. Une belle rando d'une journée dans la montagne m'a permis de voir des paysages de toute beauté.




Les chevaux sont sauvages. Il faut les dresser, les rendre dociles. C'est pas facile, j'en ai vu cavaler comme des fous furieux, indomptables.





Tout ça c'est bien gentil, mais c'est du tourisme de base. Je dis ça parce qu'on ne vient pas à Futaleufu par hasard.

Les meilleurs kayakistes et rafteurs du monde entier viennent ici pour défier la Futaleufu, la rivière qui a donné son nom au village. Elle est plus méchante que le Colorado, d'après les spécialistes...La plus technique au monde et la plus spectaculaire. Bigre ! Les jeunes fêlés sont nombreux, beaucoup sont américains, amateurs de sports d'eaux vives. Il faut être fou pour se lancer sur la Futa, comme on l'appelle ici.

Ça fait plusieurs jours que je voyage comme un touriste et ça m'énerve. J'ai besoin d'adrénaline. Si je suis venu à Futaleufu, c'est pas pour regarder la rivière d'un pont avec mon appareil photo.

Alors ? Kayak ou rafting ? That is the question !

Un kayak, ça chavire et je ne suis pas sûr de maîtriser. Je vote pour le rafting.

J'ai choisi le parcours "bridge to bridge" avec des portions de niveau III à V. V étant le plus dangereux. Pour un coût de 70€.

Que je fasse une ascension, un trekking, ou du rafting, la moyenne d'âge toujours est inférieure à 30 ans. je suis toujours l'ancien de service. Mais où sont les hommes et les femmes de mon âge ? Peut-être travaillent-ils.

Je ne cache pas que je n'étais pas très rassuré avant le départ. J'avais le trouillomètre à zéro. Les consignes de sécurité , en cas d'éjection du bateau, m'ont fait flipper encore davantage. J'ai été à 2 doigts de renoncer. Mais non...Il y avait , pour la sécurité, 2 kayakistes et 2 catarafts. Super pro , et super rassurant donc. Nous accompagnait aussi, un kayakisye photographe. D'où ces photos d'aventure impressionnantes !

C'est parti pour 1 heure de descente diabolique. Ça y est, la première vague approche !

Nous voilà dans le tourbillon, je suis ci-dessous au centre du raft. Une fois sur l'eau, comme par miracle, la peur a disparu. Plus aucune appréhension. Je me suis régalé, éclaté. J'ai dépassé ma peur, et ça, c'est quelque chose de jouissif !

Je suis au centre du raft.


Le barreur nous a dit que le niveau d'eau était élevé, mais que c'était faisable, sinon on ne serait pas là évidemment.

Ici, le niveau V, la partie la plus dangereuse. On plonge dans l'enfer des vagues blanches monstrueuses.

Je suis toujours celui qui est le plus près du barreur.


On ne sort pas d'une telle expérience comme si on revenait de la promenade du dimanche.

Voler dans les airs, ça arrive, c'est pour ça qu'il y a autant de sécurité. Si le raft se cabre et si on lâche prise, une grosse vague peut nous propulser hors du raft et la chute dans l'eau, en mode essorage, ou sur les rochers, peut être fatale.

C'est certainement l'un des plus intenses moments de mon voyage.

Le Cerro Castillo.

En descendant vers le sud, toujours en bus, j'emprunte la fameuse Carretera Austral, une route tantôt bitumée, tantôt gravillonnée. Une route mythique de 1200km que beaucoup de jeunes parcourent à vélo. Le vent et la pluie en font un parcours difficile.

Villa Cerro Castillo est un petit village au bord de cette route. Le vent souffle fort. Nombreuses sont les possibilités de trekking en Patagonie et, allez savoir pourquoi, le Cerro Castillo est encore peu couru. Et pourtant, c'est une des plus belles montagnes que j'ai jamais vu.

Quand je l'ai vu en arrivant en bus vers midi, j'ai ouvert grands les yeux, je ne m'y attendais pas. Le vent soufflait fort mais j'ai quand-même marché l'après-midi dans la campagne pour essayer d'avoir de beaux points de vue. J'ai été servi.

C'est quand on croit être seul que l'on ne l'est pas tout à fait. Mon ami cui-cui était là, se balançant au vent, posé au sommet d'un buisson.

C'est tellement beau que j'ai prié pour qu'il fasse beau le lendemain afin de pouvoir m'y approcher...Et il a fait très beau !

Me voilà parti dès potron minet à la conquête du Cerro Castillo, en compagnie du sympathique Cesar, un chilien de rencontre qui est en train de construire une hostal (auberge) aux abords du village. Au début, ça grimpe. Ensuite, ça grimpe et pour arriver là-haut, ça grimpe dans la caillasse. Vingt Dieux ! 1700m de dénivelé ! J'ai rarement fait autant en une journée. Mais comme souvent en montagne, l'effort valait la peine. On est d'abord allé au pied de l'impressionnant glacier et ensuite face à la montagne avec la laguna Castillo au premier plan.




Mama Mia ! Que c'est beau !

Bien sûr, il a fallut les descendre ces 1700m. En chemin, une ombre se dessine au sol autour de nous. Je lève la tête et il est là, à 30m au-dessus de nos têtes. Majestueux! Un battement d'aile suffit à le faire planer plusieurs minutes, il faut dire qu'il fait 3,50 mètres d'envergure. C'est une femelle car le mâle a une collerette blanche. L'émotion est palpable car c'est la première fois que je vois l'oiseau emblématique de la cordillère des Andes.

Le CONDOR !!!

La descente a été longue. J'en avais plein les pattes après 10 heures de marche. Mais quel spectacle grandiose !


Puerto Rio Tranquilo.


Si vous ne l'avez pas encore vue, allez voir la carte de la Patagonie que j'ai rajoutée dans l'onglet « parcours » sur la page d'accueil.

Le minuscule village de Puerto Rio Tranquilo est lové au bord du lac Géneral Carrera, un immense lac tout en longueur qui va jusqu'en Argentine.

Cette photo ne représente pas tout à fait le village, mais seulement une partie. Dans ce quartier, les habitants sont tranquilles, bien installés dans leurs maisons miniatures. C'est le cimetière...avec vue imprenable sur le lac en contrebas.

Ici, c'est la région du blanc. El Campo de Hielo Norte (le champ de glace nord). Des dizaines de glaciers dont certains se jettent dans la mer. Il y en a un près d'ici, le glacier San Raphaël. Bien sûr, tout le monde aimerait y aller, mais personne (ou presque) n'y va. Il faut pour cela débourser 210€ la journée dont 3 heures de navigation pour s'en approcher.

Il reste le glacier de Monsieur tout le monde, ou le glacier du pauvre, le glacier Exploradores, à 100€ la balade quand-même !




Il faut marcher 2 heures pour y accéder. On chausse les crampons et on s'y promène tranquillement pendant 1h30. C'est tout blanc, c'est tout beau. Les crevasses, les tunnels, les ponts de glace agrémentent la rando glacière. C'était encore une belle journée pas très ensoleillée, mais avec beaucoup de clarté quand-même. Me voici au cœur du glacier. C'est spectaculaire !

La Patagonie est tellement riche, que les plaisirs varient, d'une journée à l'autre. Je vous assure que je ne m'en lasse pas.

Une promenade en bateau sur le lac nous amène jusqu'à la Capilla de Marmol (la Chapelle de Marbre).





C'est une formation géologique provoquée par l'érosion au fil du temps. L'eau a creusé des galeries sous les falaises au bord du lac. Du bicarbonate de calcium s'est formé sur les parois déchiquetées. La roche calcaire ainsi transformée, la nature prend des airs d’œuvre d'Art !

Puerto Bertrand.

Puerto veut dire port.

Voilà, il suffit de faire 3 heures de bus pour voir le paysage changer, et c'est toujours aussi beau !

Le petit port Bertrand est situé au bord du lac Bertrand et à l'embouchure du fleuve Baker. On peut faire du rafting à partir du village, là où le fleuve prend naissance. C'est du niveau III, on peut en faire en famille, on s'y baigne entre 2 rapides. Quand on a connu Futaleufu, ça ressemble à une simple balade sur l'eau. Sympa quand-même.

Mais que dire du paysage ! C'est certainement l'un des plus beaux paysages que j'ai vu depuis le début de mon voyage. La rivière, la forêt, la montagne, les glaciers du Campo de Hielo Norte en arrière-plan. C'est un lieu calme et paisible où il fait bon vivre, comme partout au Chili.

Les minuscules pêcheurs à la mouche sont aux premières loges pour contempler le paysage époustouflant tout en taquinant la truite et le saumon.

En immersion au Chili.


Il vit seul, je n'ai pas vu de photos de femme ni d'enfants, je n'ai pas posé de questions. Il a 84 ans, ses yeux sont vitreux, on dirait les yeux d'un aveugle, mais il fait ses mots croisés sans lunettes.

Derrière son air bougon se cache un vieil homme serviable et généreux. J'ai passé 2 jours et 2 nuits chez lui, à Puerto Bertrand.

Il habite dans une petite maison jaune pâle au bord du lac. Il l'a construite lui-même il y a 40 ans. Malgré son grand âge, il fait tout tout seul. Il coupe son bois, taille sa pelouse, fait son ménage. Il est encore assez alerte pour proposer des sorties de pêche à la truite ou au saumon sur le lac pour les touristes de passage.

Il croit aux ovnis, il en a même vus. Il me montre un magazine dans lequel il y a un article sur les ovnis au Chili. Les extra terrestres viennent au Chili, me dit-il, parce qu'ils ont vu de là-haut que c'est le plus beau pays. Il est comme ça Raoul.

Dans une grille de mots croisés, il restait 3 mots qu'il ne trouvait pas. Je lui donne les solutions mais il n'est pas content, il ronchonne. Il n'a pas complété la grille parce que ce n'est pas lui qui les a trouvés. Il est comme ça Raoul.

Il a un lance-pierres, mais ce n'est pas pour les oiseaux. C'est pour les chiens qui l'emmerdent. Il n'aime pas les chiens. Il est comme ça Raoul.

Dans sa cuisine, il a un petit seau bleu dans lequel il met les pelures de pommes de terre et d'oignons. Mais quelquefois il crache dedans parce que quand il a envie de cracher, il crache, il est chez lui après tout. Il est comme ça Raoul.

Il aime le pain, mais pas le pain des autres. Alors il pétrit lui-même sa pâte et fait de bons petits pains ronds croustillants. Il est comme ça Raoul.

Pendant que le pain cuit, il sirote un mate d'herbes (c'est une infusion)

Les touristes stationnent devant chez lui. Quelle aubaine ! Il a mit un panneau « Banos » qui veut dire toilettes. Il ouvre sa porte pour ceux qui ont une envie pressante...Il empoche à chaque fois 100 pesos (15 centimes d'euros). Il est comme ça Raoul.

Il cuisine bien, son saumon en papillote au four à bois était succulent, accompagné de riz blanc coloré à la sauce tomate. Ses confitures maison excitent les papilles dès le petit déjeuner.

Dans sa petite maison jaune au bord du lac Bertrand, la lumière naturelle est tamisée. Les contre-jours créent une atmosphère particulière. On se croirait dans un tableau de Vermeer, il ne manque plus que la laitière avec son pot à lait.


Caleta Tortel.


Encore un peu plus au sud, le village de Caleta Tortel est unique. Il est classé au patrimoine chilien. Le village est silencieux, inaccessible aux véhicules à moteurs. On y accède en empruntant des passerelles au bord de la mer, au-dessus des marécages et pour accéder aux maisons sur les hauteurs.

C'est un village de bout du monde, sans internet. C'est vous dire...

Les passerelles sont en cyprès, tout comme les maisons et les bateaux. L'exploitation du bois (il n'y a que du cyprès) est la principale activité du village, avec le tourisme. Bizarrement, les villageois ne mangent pas de poissons, ils n'aiment pas ça. Ce sont des mangeurs de viande au bord de la mer.

Le soir, le village s'assoupit doucement, les lumières s'allument et l'atmosphère devient étrange, énigmatique. Le vendeur de spiritueux s'éclaire timidement, sa boutique est mise en valeur dans le clair-obscur du crépuscule. Chez Giselle, là où j'ai dormi 2 nuits, le feu de cheminée indique que la maison est habitée. C'est là où la pièce est éclairée que que de longues discussions s'éternisaient en soirée.










Une promenade sur les hauteurs du village permet d'avoir une vue d'ensemble sur la Patagonie qui s'étire à l'infini.


De Tortel, j'ai pris un ferry pour une croisière de 2 jours à slalomer entre les dizaines d'îles boisées en direction du sud. En direction de Puerto Natales. J'ai réservé les refuges du fameux trek W de Torres del Paine. L'un des plus beaux treks du monde. Mais je dois attendre 10 jours avant d'y aller. J'ai décidé d'aller passer ces 10 jours en Argentine.

Pour voir LA Merveille de la Nature !!!...Je vous fait languir car ce sera l'objet du prochain chapitre...




 
 
 

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