Chili / Argentine : du nord de la cordillère des Andes à Valparaiso.
2 déc. 2016
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Je vous présente la vigogne. Elle est fine et gracile, habillée d'une robe caramel et blanche. C'est la cousine du lama.
Comme le lama, l'alpaga et le guanaco, la vigogne est un camélidé, ce qui lui donne un air chameau...bien qu'elle ait plutôt l'allure d'une biche.
Si le lama est un animal domestique, élevé pour sa viande et sa laine, la vigogne est sauvage et protégée, il est interdit de la chasser. Elle gambade en groupe en haute altitude, au-dessus de 3500 m.
Le Chili.
Voici des vigognes aperçues tout au nord du Chili, près de la frontière péruvienne, dans le parc national Lauca.


Atacama.
En descendant plus au sud du Chili, on arrive dans le désert d'Atacama. La petite ville touristique s'appelle San Pedro de Atacama, vouée uniquement au tourisme, où il y a des dizaines d'agences d'excursions, d'auberges, et de restaurants.
Il est vrai que la région est très belle. Il y a aussi un salar, mais comparé à Uyuni, en Bolivie, celui-ci n'est pas à la hauteur. Mais au milieu du salar, quand-même, la laguna Chaxa offre un spectacle de flamants roses de toute beauté, à la symétrie parfaite.



En prenant une excursion à la journée (il faut bien faire vivre les agences...) je monte dans la montagne environnante et en chemin je rencontre quelques vigognes dont la couleur se confond avec la couleur blé de la végétation. Ça donne un surprenant mimétisme !

Plus loin, la montagne est sublime avec cette dominante jaune des touffes d'herbes rases et des volcans en arrière plan, avec ou sans lac, il n'y a que l'embarras du choix pour les mirettes. Un vrai décor andin.


Enfin, encore plus loin, plus haut et plus beau, à 4300m d'altitude, près de la frontière argentine, une laguna présente la particularité d'être bordée par des pierres volcaniques rouges. On dirait une image de synthèse, mais non, je vous assure que ça existe bel et bien. Cela s'appelle "Las piedras rojas" (les pierres rouges)
Si ça c'est pas de l'esthétisme ! On se croirait sur une autre planète !

Rentré de cette belle journée andine, il ne me restait plus qu'a aller voir la Vallée de la Lune juste avant et pendant le coucher de soleil.


L'extrême nord du Chili est une région à ne pas manquer pour ceux qui aiment les grands espaces. Mais je suis curieux de voir ce qui se passe de l'autre côté de la frontière.
L'Argentine.
La Quebrada de Humahuaca.
On peut traduire quebrada par canyon, ou vallée profonde. Peu importe, ce qui compte, ce qui éblouit, c'est la montagne en technicolor. Riche en fer, cuivre, soufre, plomb et j'en passe, on l'appelle ici la montagne aux 14 couleurs. Ne tripotez pas votre ordinateur, les couleurs des photos sont bien réelles...A tomber des nues ! On dirait qu'un peintre est venu là avec sa palette de couleurs pour en faire une oeuvre éternelle. Ce n'est pas un patrimoine de l'humanité pour rien.
Je vais vous montrer la montagne tout en vous racontant une histoire inattendue, vécue lors d'une journée mêlée de beauté et de tristesse.
Margarita.
Margarita est vieille et elle souffre des articulations, surtout celles des genoux, ce qui l'handicape pour marcher. C'est normal à 85 ans. Elle porte un chapeau noir.
Son fils est allé la chercher chez elle, au fin fond de la quebrada, pour l'amener chez le médecin dans le village de Humahuaca. Mais son fils ne pouvant pas la ramener chez elle, Margarita a dû faire appel à Francisco et sa belle auto. Mais Margarita est pauvre et ne peut pas payer le retour chez elle en voiture. Mais Francisco sait comment faire.
A peine arrivé à Humahuaca, une petite ville à 3000 m d'altitude, je cherche un moyen d'aller au mirador Hornocal pour voir les fameuses montagnes. Il est 12h30 et il fait très chaud. On me dit d'aller jusqu'au pont et d'attendre qu'un 4x4 passe pour m'y amener. Je suis sur le pont et j'attends. Pas longtemps. Un pick-up Toyota rouge, flambant neuf, se gare. Un homme en sort et me demande si je veux aller au mirador Hornocal. J'acquiesce et l'homme, 70 ans environ, très gentil et doux, m'explique qu'en fait c'est mon jour de chance car il va plus loin que le mirador. Parce qu'il doit ramener une vieille dame chez elle. Il m'explique que nous allons passer devant le mirador mais sans s'y arrêter. Nous descendrons au fond du canyon et la conduirons chez elle jusqu'au bout du bout du monde, là où aucun étranger n'est encore jamais allé. Je sens que le vais vivre une aventure. On s'arrêtera au mirador au retour. C'est plus cher que le simple aller retour au mirador me dit-il, mais je lui fais confiance et je décide de monter dans sa belle auto. J'ai déjà compris que c'est moi qui paye le retour de la vieille dame.
Le chauffeur sympa s'appelle Francisco. Assise sur la banquette arrière, une vieille femme avec un chapeau noir et un air triste. Margarita.

Nous montons jusqu'au col, à 4350m d'altitude, là où le chemin part à droite vers le mirador. Mais comme convenu, nous basculons de l'autre côté de la montagne en empruntant une piste en descente. Francisco est un homme affable, il parle beaucoup, mais pas pour ne rien dire. Il m'explique les traditions locales, et me raconte même qu'il a été mordu par un puma lorsqu'il était plus jeune. Eh oui, il y a des pumas en Argentine. A mi-descente, dans un virage serré, Francisco s'arrête là où la vue est surréaliste. La montagne dans tous ses états !



Nous descendons au fond de la quebrada et prenons à droite. Et nous roulons ainsi pendant longtemps dans le canyon, on roule dans le lit d'une rivière presque à sec. Il n'y a plus âme qui vive, on roule, la piste se resserre et devient dangereuse. Je demande à Francisco jusqu'où on va et à chaque fois il me répond encore plus loin. Comme quoi, après rien, il y a encore quelque chose. C'est inimaginable que quelqu'un puisse vivre dans un tel isolement. La vallée s'élargit puis se resserre à nouveau et les couleurs sont toujours aussi incroyables !


On roule, on roule encore, le paysage est splendide, la vallée est large, les cactus veillent. C'est l’œuvre d'un artiste me dit Francisco. Je sais à qui il fait allusion...

Au bout de 1h30 de piste chaotique, Margarita dit à Francisco de s'arrêter parce qu'on ne pourra pas faire demi-tour devant chez elle. Francisco arrête donc sa belle auto et nous commençons à marcher, je porte les 2 sacs de Margarita, ils sont lourds. Elle a du mal à marcher et se frictionne les genoux.


On a fait 200 m mais c'est déjà beaucoup pour Margarita. Alors elle s'arrête et s'assoit sur le bord du chemin, les mains sur ses genoux douloureux, et nous demande de retourner à la voiture, elle continuera seule, ce n'est plus très loin. Je proteste, je dis à Francisco qu'on ne peut pas la laisser ainsi, ses sacs sont lourds et elle peut à peine marcher. D'autant plus que je ne vois toujours pas sa maison. Mais de son air pas commode, elle nous fait signe de retourner à la voiture. Francisco me dit qu'il faut y aller. J'y comprends rien. On a fait toute cette route et on la laisse là, comme ça, au milieu de nulle part, au bout du bout du monde. Il y a quelque chose qui cloche. Incrédule et la mort dans l'âme, je fais demi-tour en suivant Francisco.
C'est ainsi que j'ai abandonné Margarita, la laissant seule assise sur le bord du chemin à l'ombre de son chapeau noir dans un décor de cinéma.

Dans la voiture, Francisco me raconte que Margarita vit seule avec sa fille dans sa petite maison en pisé, et dans la maison voisine vit un homme seul. C'est tout, il y a deux petites maisons et ils ne sont que trois à vivre dans un isolement extrême, sauvage. L'homme, sauvage lui aussi, interdit à quiconque d'approcher des maisons. Alors qu'il n'y a personne à des kilomètres, il a installé une barrière en travers du chemin et détient seul la clé. La peur ! C'est la raison pour laquelle Margarita n'a pas voulu qu'on aille jusqu'à chez elle...Si vous regardez à nouveau son portrait plus haut, vous verrez qu'on voit la peur sur son visage. C'est une pauvre femme qui souffre, en silence.
Voilà l'histoire de Margarita, tenue isolée avec sa fille au fond d'un magnifique canyon surmonté de montagnes multicolores que des milliers de touristes viennent voir d'en haut, sans se douter du triste sort d'une vieille femme oubliée en bas.
Au retour, nous nous arrêtons au mirador Hornocal. Le spectacle est merveilleux, mais le cœur n'y est plus, car je revois toujours Margarita assise au bord du chemin.
J'ai tracé approximativement sur la dernière photo, le chemin parcouru au fond de la quebrada, ça donne une idée de l'extrême isolement.

En descendant l'Argentine.
Mon but était d'aller voir l'Aconcagua, le Seigneur des Amériques, qui culmine à 6962 m d'altitude. Mais c'est qu'il est loin, plus au sud. J'ai dû faire 4 étapes à raison de 6 à 8 heures de bus pendant 4 jours de suite. Je m'arrête d'abord à Salta, une ville coloniale. Il pleuvait. Le lendemain, je passe par Cafayate, bof ! Puis Tucuman, pas mieux. Et enfin Mendoza où je reste 2 jours. 2 jours de pluie, heureusement dans une auberge familiale adorable.
De Mendoza, je prends la direction de Uspallata (2000 m), un petit village de montagne près de l'Aconcagua. La journée est superbe et je marche un peu aux alentours du village, impatient de voir le sommet des Amériques le lendemain. Uspallata est à 80 km du Chili.
Le lendemain matin, je prends un bus qui me dépose à l'entrée du parc national Aconcagua, à 3000 m. J'ai l'intention de marcher environ 4 heures. Les nuages couvrent le ciel...et les sommets. Il fait un froid de canard et la neige se met à tomber. J'ai les vêtements qu'il faut, mais pas de bonnet ni de gants. Je suis trempé et gelé, mais pas énervé, c'est comme ça, c'est la nature qui décide, je ne peux que m'incliner.
Voilà l'Aconcagua...Il est dans le V, mais on y voit rien.


Le lendemain, le temps est superbe ! Je repasse devant le parc Aconcagua en bus pour aller au Chili. C'est comme ça que j'ai bien vu l'Aconcagua dans le V à travers la vitre d'un bus pendant une trentaine de secondes... La haine !

Ces derniers jours en Argentine ont été plutôt merdiques. Et j'ai des griefs contre ce pays, comme beaucoup de voyageurs que j'ai rencontrés. J'en parlerai plus tard si ça se confirme lorsque je reviendrai.
J'ai hâte de revoir le Chili.
Le Chili.
Santiago.
C'est la capitale du Chili, une grosse ville de 5 millions d'habitants. Les quartiers du centre sont sympas, il y a des rues piétonnes, des parcs, des musées, des théâtres.


La garde républicaine parade devant le palais présidentiel. Et, comme dans tous les métros du monde, des musiciens s'appliquent devant leur public clairsemé.


Le soir, le quartier de Bellavista est envahi par une foule de chiliens, les bars et les restaurants affichent complets. L'ambiance est sympa, branchée, avec beaucoup de musique.

Après avoir visité les musées des Beaux-Arts et de l'Art Contemporain, je suis allé visiter l'incontournable à Santiago. La maison de Pablo Neruda, icône chilienne, poète, prix Nobel de Littérature, militant communiste, sénateur, ambassadeur du Chili à Paris, en Inde, au Sri lanka, en Indonésie. Un grand bonhomme, mort le 23 septembre 1973, 2 semaines après le coup d'état militaire annonçant les années sombre du Chili et la dictature de Pinochet.
C'est une belle maison originale. C'est aussi une visite émouvante.

Le Dimanche, le vélo remplace la voiture. Ils sont nombreux à pédaler dans la capitale. Les parcs sont pris d'assaut par la population pour cette journée de détente en famille. Les enfants sont gâtés, de nombreuses activités leurs sont consacrées. Notamment des marionnettes mais aussi des ateliers de peinture pour les artistes en herbe.



Valparaiso, la belle déglinguée.
Valpo, comme la nomme les chiliens, c'est d'abord un port, avec ses bateaux et ses grues, ses marins et ses dockers, et ses quartiers pas sûrs.
La ville longe la mer dans sa partie basse, avec son port. Cette partie basse de la ville est dominée par les cerros, ce sont des collines différenciant les quartiers de la ville haute, là où vit 95% de la population. De là-haut, les points de vue sur la baie ou sur les quartiers sont superbes. Il y a une quarantaine de cerros, dont certains avec des rues pavées très raides bordées de vieilles maisons recouvertes de tôles ondulées. Des grappes de maisonnettes minuscules serrées les unes contre les autres. Par endroit, on dirait des quartiers miniatures, comme en font les miniaturistes. Elle n'est pas toujours très propre, avec beaucoup de ruines, en fait il y règne un joyeux bordel. C'est tout le charme d'une ville pas comme les autres.
Le tramway de Valpo est le plus vieux d'Amérique latine, il date de 1947.

15 ascenseurs permettent de monter et descendre plus facilement dans les quartiers. Le plus ancien, l'ascensor Concepcion, date de 1883. 2 cabines fonctionnent en simultané, quand une cabine descend, elle entraîne l'autre qui monte. Le principe mécanique est élémentaire et fonctionne toujours, comme il y a 130 ans.
Sur la photo ci-dessous, on distingue un ascenseur rouge et vert barré de blanc. Il est petit et pas évident à voir, mais en regardant bien, vous le verrez. On voit très bien les maisons anciennes habillées de tôles ondulées.


A la découverte du Street Art.
Valparaiso a un air de fin du XIXème siècle, elle semble s'être immobilisée depuis longtemps, comme figée dans le temps. Une ville à laquelle les graffeurs ont redonné vie. Et quelle vie !
Valparaiso est devenue une ville d'art, un art urbain, spécifique par son originalité, ses couleurs vives, ses thèmes divers et variés. Un art qui se manifeste dans les ruelles étroites, sur les murs, les portes de garage, les trottoirs, les escaliers, les gouttières, les lampadaires. Ces graffitis sont réalisés par des artistes appelés graffeurs. Des fresques imposantes envahissent les murs de la ville.



Cet art de la rue est récent puisqu'il date des années 1990. Il est inspiré des carnavals et des cultures indigènes.
Aujourd'hui, 20 ans plus tard, à peu près tous les styles, engagés ou non, sont représentés. Politique, futuriste, écologiste, érotique, comique, poétique, abstrait, réaliste. Mais aussi compliqué, sombre, triste, ou bien lumineux, coloré, gai. Des milliers de peintures murales recouvrent les murs de la ville, de toutes les tailles, sur tous les supports, les murs en parpaings, en bois ou en tôles ondulées.



Les escaliers de Valparaiso, dont les contre-marches sont des chefs d’œuvre.

Les plus grands graffitis nécessitent la collaboration de plusieurs graffeurs pour un résultat coloré prenant quelquefois deux pans de murs perpendiculaires, offrant une perspective du plus bel effet.

Il y en a partout. En montant ou en descendant une rue, il faut toujours se retourner, sinon on peut manquer le plus surprenant.

Parfois, ce n'est pas la peine de chercher à comprendre ce que ça représente. C'est un monde imaginaire qui tient du rêve. Les artistes rêvent d'un monde différent, meilleur sûrement. Leur imaginaire surprend, mais quand c'est beau...voilà ce que ça donne !

On aime ou on n'aime pas. Ça a toujours été comme ça, de l'Art naît la critique, mais aussi l'interprétation, l'incompréhension, la controverse, le débat. Une chose est sûre, ça ne laisse pas indifférent. Sur l'ensemble de la ville, ça donne un patchwork original, unique au Monde. C'est une ville-graffitis, un musée à ciel ouvert.
Ci-dessous, la photo du haut prend toute la largeur du cadre. C'est une perspective sur 3 rues perpendiculaires. C'est impressionnant !

Peut-être la famille du futur !!!...

Il est tentant et facile de se fondre dans le paysage urbain artistique de Valparaiso, une ville complètement décalée que j'ai eu plaisir à visiter dans tous les sens pour mieux vous la faire connaître.





















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