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Le Chili : l'archipel de Chiloé, la douceur de vivre.

15 janv. 2017
7 min de lecture

C'est un voyage hors du temps et un voyage enchanteur sur cet archipel loin de tout. Toutes les maisons sont à ossature bois. Mais pas seulement les maisons, les églises et les chapelles aussi. Une soixantaine d'églises existent encore, dont 16 sont classées au patrimoine mondial de l'humanité. Au XVIIIè siècle, le christianisme a été implanté sur l'île par les jésuites. Beaucoup d'entre elles sont au bord de l'eau, ce qui ajoute au charme.

Sur l'île, toutes les constructions sont en bois. Les constructions neuves obéissant à la même règle.

Les maisons sont recouvertes par les tejuelas, qui sont un peu comme nos ardoises ou tuiles selon nos régions, sauf qu'à Chiloé elles sont en bois.


Ancud.


C'est à Ancud que j'ai le mieux apprécié les maisons colorées, typiques de l'île. La couleur blanche est rare.

Cette architecture typique de la région mérite quelques détails pour mieux l'apprécier. Le design des tejuelas est variable, chacun peut imaginer ses propres motifs. Mais on retrouve souvent les mêmes formes, la technique de pose ne permet pas de varier beaucoup. Une fois les tejuelas taillées et posées, il faut trouver la couleur. Là, toutes les teintes et nuances de la palette des couleurs y passent. Il y a les tons crus et les tons pastels. Et il faut en plus de cela, marier les couleurs des tejuelas avec celles des portes et fenêtres. C'est coloré donc, mais vu les conditions climatiques de l'île, où il pleut beaucoup, les maisons vieillissent mal. Ça a néanmoins son charme.

La tôle ondulée est autorisée. On peut en trouver en façade, mais c'est surtout sur les toitures qu'on la trouve. Sur les photos ci-dessous, on voit très bien le manque d'entretien. En bas à gauche, la tôle ondulée mal entretenue révèle la superposition des couches de peinture. Le compteur d'électricité n'est pas de la première jeunesse non plus. La photo en bas à droite est intéressante car elle permet de voir, sur une maison délabrée, la technique de pose des tejuelas sur des voliges, sur le même principe que nos toitures. Du côté intérieur, les murs et les cloisons sont lambrissés.

Je l'ai déjà dit, mais je le répète, les chiliens sont des gens charmants. Ils ont toujours un sourire à votre encontre et la discussion démarre souvent de leur propre initiative. C'est avant tout grâce à eux, ces anonymes, que le Chili est sûrement un des pays les plus agréables à visiter. Les chilotes (habitants de Chiloé) détiennent incontestablement la palme du meilleur accueil.

Près d'Ancud, il y a un lieu perdu, loin de tout. Chepu. Il faut y aller en bus, ça dure 1 heure. De Chepu, un tout petit village au bord de la rivière du même nom, un pêcheur m'amène jusqu'à l'océan Pacifique à bord de sa barque à moteur. Il me dit de marcher pendant 2h30 et sur un îlot, je les verrai. J'en ai encore jamais vu dans leur milieu naturel.

Je suis seul au bout du monde. Le temps est beau, l'océan est calme, la ballade est sympa. Il n'y a pas âme qui vive. C'est ce que je crois jusqu'à ce que je vois un cavalier arriver en face de moi, dans un beau décor de plage, de goélands et de carcasse de bateau.





Plus le temps passe et plus j'ai hâte de les voir. J'arrive enfin près de l'îlot. Je m'en approche avec mes gros sabots, et forcément, dès qu'ils me voient, ils se barrent dans l'eau. Je fais demi-tour et j'attends un quart d'heure au bout duquel je m'approche à nouveau en rampant. Ils sont revenus, ils sont là rien que pour moi. Ils sont chez eux et je peux les observer pendant une heure. Ils ne sont pas nombreux, une cinquantaine de manchots, pas plus. Des manchots de Magellan et des manchots de Humbolt, une espèce rare en voie d'extinction. Autant dire que j'ai de la chance.





Ils sont craintifs, il ne faut pas que je fasse de bruit au risque de les voir repartir à l'eau. J'ai le temps de les observer.

Je trouve que c'est un animal assez proche de l'être humain. Son comportement, ses réactions sont assez proches des nôtres. Il vit en groupe et ne semble pas aimer la solitude. Et ne dit-on pas "s'habiller comme un pingouin" ? J'en connais...

Je vais essayer de corroborer ce que j'ai écris plus haut. Pour cela il faut une bonne dose d'imagination. L'observation, ça aide à en avoir

On en voit un qui a pété un câble ! Le burn-out peut-être...Voyez ce qui vous attend si vous ne levez pas le pied...

Puis deux hommes, fort élégants, qui causent alors qu'un handicapé s'approche d'eux. Ils ne le regarderont pas...

Le dernier a sûrement fait une grosse bêtise et s'en va tout penaud...

Ah ! Les braves bêtes. J'ai fait mon curieux, je les ai regardés vivre dans leur milieu naturel, le meilleur qui soit pour apprécier le monde animal.

Castro.

C'est la grande ville de l'archipel. C'est donc normal qu'elle ait la plus grande église, en bois bien sûr, mais l'habillage extérieur est entièrement en tôle...Je vous le disais, la couleur blanche, c'est pas leur truc.



Je vous mets au défi de trouver une plus belle église. Vous aurez du mal, car elle est sublime !

Elle était fermée l'avant-veille de Noël, pour cause de travaux. Dommage, j'étais déçu de ne pas pouvoir visiter l'intérieur. Et puis, par chance, c'est en passant devant le soir du réveillon, que j'ai entendu des chants à l'intérieur. Elle était ouverte pour la messe de Noël, à 22 heures. Des enfants assuraient l'animation au chant et aux instruments.

Vous avez tous vu des maquettes de la Tour Eiffel, du Château de Chambord ou bien de Notre-Dame de Paris faites avec des allumettes par des retraités passionnés. Quand on entre dans l'église San Francisco de Castro, on a l'impression de pénétrer dans une maquette grandeur nature. Tout est en bois, des milliers de pièces de bois assemblées dans le souci du détail. Le sol est tout en parquet, ça sentait la cire à l'intérieur. Je n'ai jamais vu une église plus belle. Une Merveille !!!

Mais Castro, ce n'est pas que son église. Ce sont aussi ses palafitos, des maisons (en bois bien sûr) sur pilotis. Dommage qu'il y ait un chantier naval devant, ce qui gâche un peu la vue. Elles ont été construites au bord de l'estuaire qui abrite la ville.On vient à Castro exprès pour les voir.

Du temps du boom de l'exportation du bois, à la fin du XIXème siècle, ces maisons étaient surtout des boutiques et des hébergements. Le terrible tremblement de terre et le tsunami de 1960 ont détruit une grande partie de ce patrimoine. Il reste aujourd'hui les célèbres palafitos de Gamboa, en basse ville.





Dalcahué.

C'est une bourgade située à 1/2 heure de Castro, un peu au sud. C'est le plus grand port de pêche de l'île. La flotte est importante. Le jour de Noël, tous les bateaux étaient au mouillage dans le port.

Je suis arrivé à Dalcahué le jour de Noël, le jour où la terre a tremblé. Un séisme de magnitude 7,6, important donc. L'alarme tsunami s'est déclenchée mais il n'y a pas eu d'évacuation à Dalcahue. Au sud de l'île, 6000 personnes ont été évacuées. Tout est rapidement rentré dans l'ordre, l'électricité était rétablie le soir-même. Il n'y a pas eu de dégâts importants et surtout, pas de victimes. Ce fut une belle frayeur, ça s'est passé vers 11h20 et ça a tremblé pendant 1 minute. On se serait cru sur un bateau balloté par les flots. Je me suis demandé à quelle moment la terre allait s'ouvrir pour tous nous engloutir...

Non loin de Dalcahué, à Tenaun, les artistes peintres ont trempé leurs pinceaux dans la mer pour décorer la belle église au bord de l'eau. La mer était calme. C'est bien simple, tout est calme à Chiloé.





L'île Lemuy.

La grande île de Chiloé était trop grande pour moi. J'ai décidé d'aller sur une plus petite, l'île Lemuy, au sud. Je pensais y rester une journée, je suis resté 3 jours. Dans une belle maison blanche au bord de la mer, chez l'habitant, dans le village de Puqueldon.

C'est une île collineuse, un bocage verdoyant avec des prairies bordées de talus plantés d'arbres descendant en pentes douces vers la mer. Vaches et moutons y paissent tranquillement. Les femmes ramassent les algues sèches sur la plage, elles serviront d'engrais pour le jardin.

Le camion de pompier aurait sa place dans un musée. Il n'est pas souvent de sortie, mais, au cas où, mieux vaut prévenir les automobilistes...

J'ai marché sur cette belle île, j'ai aussi fait du vélo et du kayak, à disposition chez mes hôtes charmants.

Des dizaines d'élevage de saumons et de moules entourent l'île. Je pouvais apprécier ce beau et tranquille paysage depuis ma chambre. Et cela pendant 3 jours de beau temps. La qualité de vie égale la douceur de vivre !

Je suis revenu à Ancud, pour passer le nouvel an et terminer mon séjour de 12 jours à Chiloé.

De retour aussi à l'auberge Mundo Nuevo (un Monde nouveau) que j'avais bien aimée lors de mon premier passage à Ancud. C'est une grande et belle bâtisse en bois avec une lumineuse véranda face à la mer.

Le plat typique de Chiloé s'appelle le Curanto. Je promets d'en faire un à mon retour. Vous êtes tous invités...

Il y en a des choses dans ce plat. Tout d'abord, du poulet et du porc, une pomme de terre, une galette de pomme de terre, des moules énormes et des palourdes énormes, le tout accompagné de la sauce de la cuisson, car tout est cuit en même temps. Accompagné d'un petit vin blanc du Chili !

C'était mon repas de Noël. Par toutatis, que c'est bon !

On dit souvent qu'il faut garder le meilleur pour la fin. Un jour, je suis allé me promener à pied à Quetalmahué, à 5 km de Ancud. Ce jour-là, le petit port de pêche était de toute beauté. La mer était recouverte d'une nappe grise du reflet du ciel que le soleil n'arrivait pas à percer, formant un contraste saisissant avec les couleurs gaies des barques de pêche ancrées là, comme figées dans la glace. J'avais devant moi un tableau d'une beauté mélancolique.

Chiloé en état de grâce !



 
 
 

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