L'Argentine : la Patagonie.
23 déc. 2016
4 min de lecture
Enfin la Patagonie ! C'est le Graal de tous les voyageurs en Amérique du Sud.

Venant du Chili voisin, j'arrive un samedi vers midi à San Martin de Los Andes, dans le parc national Lanin, réputé pour être l'un des plus beaux du pays. Le volcan Lanin (3747m) constitue aussi l'une des plus belles ascensions du pays.
Malheureusement, il pleut, impossible d'aller voir le volcan. Je me renseigne quand-même sur l'ascension pour m'entendre dire qu'il faut attendre le mardi pour avoir de bonnes conditions météo. L'ascension se fait en 2 jours, équipé de crampons, avec une nuit sous tente pour la modique somme de 315€. JP passe ton chemin...
Bariloche.
Le lendemain, un dimanche, je descends légèrement vers le sud, à Bariloche (prononcez Bariloché en espagnol). Le temps est nettement meilleur. Bariloche est une station touristique huppée de la cordillère des Andes. La station de ski est à 10 km de la ville, à Villa Catedral, une station moche comme tout. Mais le gratin argentin et brésilien viennent skier ici. Dans la région, le top du top, c'est l'ascension du volcan Tronador. Un bien beau volcan qui culmine à 3491m. L'ascension se fait en 3 jours avec 2 nuits en refuge pour la modique somme de...550€. JP passe ton chemin. Sauf que JP le frustré en a marre de passer son chemin. J'en veux aux argentins de me priver de ce que j'aime à des fins mercantiles. Dépité, je décide de rester quand-même à Bariloche pour visiter les alentours. Sans regret parce que la région est merveilleuse !
Depuis plus d'un siècle, il y a dans la région une colonie suisse, mais aussi une colonie allemande. Les montagnes se mirent dans les lacs azur, chalets et églises en bois se nichent dans les forêts et au bord des lacs. Les brasseries sont nombreuses et la bière est délicieuse. On se croirait en Suisse, en Autriche ou en Bavière. Un paradis pour les nazis.
Les nazis ont exterminé 6 millions de juifs, je ne vous l'apprends pas. A la fin de la seconde guerre mondiale, pour les remercier, l'église catholique va ouvrir un corridor entre l'Allemagne et l'Italie. Via un réseau bien organisé, les criminels de guerre seront hébergés dans des couvents ou des monastères. Cette exfiltration des nazis s'est faite sous le haut commandement du Vatican. Les faux passeports étaient fournis par la Croix-Rouge ! 2 sous-marins U-BOOT, au départ de Gênes, ont débarqué à Mar Del Plata pendant l'été 1945. Plus tard, d'autres criminels embarqueront à bord de navires d'Italie, mais aussi d'Espagne. Juan Peron, le président argentin d'alors, était un admirateur de Mussolini...
Le cardinal français Eugène Tisserant, quant à lui, s'est chargé d'exfiltrer les collabos français également vers l'Argentine.
Le pape Pie XII fera souvent pression sur le tribunal de Nuremberg pour appeler les jurés à la clémence...
Le jeune cardinal Montini, siégeant au Vatican, est un des spectateurs silencieux du manège. En 1963, il faudra l'appeler Paul VI.
Adolf Eichmann, le planificateur de la solution finale, à vécu à Bariloche.
Josef Mengele, le boucher d'Auschwitz y a vécu aussi, il y a passé son permis de conduire.
D'autres criminels de guerre, moins célèbres, séjournaient à Bariloche en toute quiétude, certains sous leur vrai nom. Tous les 20 Avril, ce beau monde continuait à fêter l'anniversaire du moustachu...
L'Histoire s'invite souvent lors d'un voyage. Quand on est à Bariloche, on ne peut ignorer, ni passer sous silence, cet épisode méprisable de l'Histoire. Mais on ne peut pas la réécrire...
Revenons au présent, à cette merveille de la nature.
Bariloche et le Parc National Nahuel Huapi.
Le volcan Tronador et les lupins (lupinos en espagnol - elle est pas belle cette langue !) Le volcan est posé sur la frontière chilo-argentine avec 4 glaciers côté argentin et 3 glaciers côté chilien. L'ascension, pour ceux qui peuvent, s'organise seulement côté argentin.

Une ballade à la journée permet de s'approcher d'un glacier d'où s'écoule plusieurs cascades de plus de 300 m de haut !


Bariloche est située au bord du lac Nahuel Huapi qui a donné son nom au Parc National. Pour faire simple, il y a le lac. Au bord du lac, la ville. Derrière la ville, la cordillère des Andes. Il est facile de circuler dans la région. Un service de bus, efficace, nous transporte de lac en lac, de point de vue en point de vue. C'est fabuleux !



On peut randonner de refuge en refuge en payant seulement le gîte et le couvert, comme en France. J'ai randonné pendant 4 jours.

J'ai marché à mon allure, seul, 1200 m de dénivelé par jour et plus de 8 heures de marche. Je me suis perdu dans la cordillère des Andes, la plus grande chaîne de montagne du monde. Quand ça se produit, il faut se poser et observer. J'ai retrouvé à chaque fois mon chemin pour m'éclater à nouveau dans cette immensité diaboliquement magnétique.
En marchant dans la neige au bord d'un lac aux eaux cristallines (photo ci-dessous à gauche) j'ai glissé et me voilà avec de l'eau jusqu'aux cuisses. J'ai continué en petite tenue avec mon pantalon sur les épaules pendant 1h30, le temps qu'il sèche. Arrivé au refuge, j'étais sec et présentable, mais avec des coups de soleil sur les genoux !



Se retrouver seul dans le silence de la montagne, à l'autre bout du monde, sans téléphone, sans carte ni boussole pour s'orienter, c'est un grand moment, unique et très impressionnant, ça procure un bonheur immense, mais je ne le cache pas, une bonne dose d'adrénaline aussi. Les émotions passent par tous les états et toutes les couleurs.
J'aime le silence de la montagne pareil à celui d'une cathédrale, où rien ne vient troubler mes pensées. Il m'arrive de pousser des cris de joie. Ça n'arrive pas souvent dans une vie.

C'est un très bel endroit, je serais bien resté plus longtemps, mais j'ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Et puis, j'aimerais bien me plaire en Argentine, mais les argentins ne m'aident pas beaucoup.
Je retourne donc voir mes amis chiliens. Direction l'île de Chiloé où je vais passer Noël.




















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