Argentine / Chili : le plus beau de la Patagonie ! + Ushuaia.
19 févr. 2017
9 min de lecture
J'arrive au bout du Monde, au sud du sud du continent américain. J'ai bien fait d'aller jusqu'au bout parce que c'est là que j'ai vu le plus beau. Une fois n'est pas coutume, je vais commencer ce chapitre par la fin, par Ushuaia qui ne laisse pas un souvenir impérissable, et j'ai gardé la fin pour le meilleur.
En ARGENTINE.
La Terre de Feu.
La Terre de Feu est une île séparée du reste la Patagonie par le Détroit de Magellan. J'ai tracé le détroit sur la carte (voir mon parcours). La principale ville est Ushuaia.
Ushuaia.
Ce n'est pas la ville la plus australe du monde comme se plaisent à dire les argentins à grand renfort de marketing. Il y a encore un peu plus au sud, de l'autre côté du canal Beagle, la ville chilienne de Puerto Williams sur l'île Navarino. Pour y aller, les argentins ne mégotent pas. La traversée en zodiac prend 20 mn. L'aller-retour est à 220€ !!!
C'est une ville célèbre, où l'on vient surtout pour dire qu'on y est venu. Pour les voyageurs qui font l'Amérique du Sud, du sud vers le nord, c'est la ville où tout commence. Dans le sens du nord vers le sud (c'est mon cas), c'est la dernière ville, le terminus du sud de la planète.
Dans le sens Est/Ouest, la fin du monde, c'est la Pointe du Raz, et on n'en fait pas toute une histoire.

C'est un port où se côtoient bateaux de commerce, quelques navires de la marine chilienne, quelques voiliers et des paquebots de croisières. Les boutiques sont chères, les restaurants aussi. Les plus aisés peuvent se distraire au casino. Le Hard Rock Cafe est aseptisé, pas du tout dans l'esprit et pas de bière pression. Du jamais vu ! Mais des tee-shirts collectors.

On peut faire quelques heures de randonnée dans les montagnes aux alentours, dans la parc national Tierra Del Fuego (Terre de Feu), le bus pour s'y rendre est hors de prix.


Le Cap-Horn. Le mythe !
Le départ de la croisière de 4 jours est à Ushuaia et l'arrivée à Punta Arenas, au Chili. Drôle de parcours ! Je me demande comment font ceux qui sont venus à Ushuaia en voiture...
Bon, soyons clairs, le Cap-Horn est un mythe pour les voileux, pour les courses au large sur de gros et chers bateaux sponsorisés par les banques et les assurances qui ne savent plus quoi faire avec notre fric. A 1500€ la croisière, je leur laisse le Cap-Horn sans problème. Ce n'est pas un mythe pour moi...
L'Antartique. Ah ! Une croisière parmi les icebergs à proximité du Pôle Sud. Qui n'en rêve pas ?
C'est une croisière de 11 à 14 jours selon la formule choisie. Il faut pour cela s'alléger de 7000€ à 13000€ !!! Pauvre JP, passe ton chemin...
Comme promis, j'ai gardé la fin pour le meilleur.
El Calafate est une petite ville séduisante, très touristique. Tout le monde y vient pour voir la Merveille des Merveilles !
Il fait 30 km de long. Son front glaciaire mesure 5 km de large et 70 m de haut. La hauteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
On peut l'admirer dans le parc national Los Glaciares en Patagonie argentine.
Le glacier Perito Moreno.

Sur la photo ci-dessus, on voit un point minuscule sur la gauche du glacier, sur la ligne horizontale séparant le lac de la base du glacier. C'est un bateau pouvant contenir plus de 50 passagers...Ça donne une idée du gigantisme !!!


Les bus qui s'y rendent sont nombreux. J'ai pris la formule bateau et passerelles. Un bus, complet bien sûr, après 1h30 de trajet, nous dépose à l'embarcadère. Les visiteurs se bousculent pour avoir la meilleure place sur le bateau...On s'approche à moins de 100 m, pendant 3/4 d'heure. On est face à un mur blanc infranchissable de 70 m de haut. C'est une force de la nature. La petitesse relative des bateaux témoigne de l'impressionnante masse de glace. On navigue sur le lac Argentino, le plus grand lac argentin.
Il pénètre dans le lac en forme de V et la pointe du V vient embrasser la terre ferme, formant un pont de glace. On le voit bien à droite sur la photo suivante. De fait, le lac Argentino est coupé en 2.

Sous l'effet conjugué de la lumière du soleil et de l'ombre des nuages, le glacier prend des teintes bleutées. Irréel !


Après l'heure de navigation, on se rend sur les passerelles, au plus près du glacier. Le plus surprenant, c'est qu'il est vivant. Il murmure, il gronde, ça résonne, on l'entend très bien, comme si des ouvriers travaillaient à l'intérieur. Ça veut dire que quelque chose va se passer, alors tout le monde attend, et ça arrive. Il se fissure, il craque. Un gros bloc de glace se détache et tombe avec un fracas assourdissant dans le lac. Cela se produit plusieurs fois par jour, donc presque tous les visiteurs peuvent assister à ce grand spectacle de la nature. Les blocs de glace sont énormes, gros comme deux maisons et lorsqu'ils chutent dans le lac, les gerbes d'eau atteignent plus de 50 m de haut. Les spectateurs (parce que c'est un spectacle) poussent des cris d'admiration, émerveillés par ce phénomène exceptionnel de la nature.

En Patagonie, il y a des centaines de glaciers. Le Perito Moreno est le plus beau, le plus impressionnant, et par chance, le plus accessible. Et, il faut le noter, ce n'est pas cher. L'excursion bus/entrée du parc/bateau/passerelles à la journée coûte 75€.


Le jour où je m'y suis rendu, le temps était couvert avec des éclaircies. C'est ce temps-là qui lui donne des reflets bleus. C'est ce temps-là qui offre, le temps d'une éclaircie, un jeu d'ombre et de lumière magnifique !
Le Perito Moreno, LA Merveille de la Nature ! A voir absolument.

On pourrait penser qu'une fois qu'on a vu ça, on ne verra pas mieux. Eh bien c'est se tromper lourdement.
3 heures de bus plus loin, toujours en Argentine...
Le Fitz Roy.
C'est certainement l'une des plus belles montagnes du Monde, si ce n'est la plus Belle. C'est un immense monolithe de granit qui culmine à 3405 m d'altitude. Cocorico ! Ce sont des français qui l'ont gravi en premier en 1952. Le village d'El Chalten n'est qu'à 3 heures de bus de El Calafate, c'est dire si la région regorge de trésors. Le Fitz Roy est aussi dans le parc national Los Glaciares.
Le vent d'ouest est violent, la pluie fréquente. J'ai marché 3 jours autour de El Chalten avec Rémy, un sympathique sarthois, un bon marcheur. Nous avons eu peu de pluie, mais beaucoup de vent, un vent pénible contre lequel il faut lutter. Mais nous avons eu de la chance le jour où nous sommes montés à la Laguna de Los Tres, au pied du Fitz Roy. Le spectacle (parce que c'est un spectacle) est de toute beauté !
Cette journée de marche demande 8 heures d'effort. Le chemin d'approche est prometteur. Il nous fait passer devant le glacier Piedras Blancas avec son petit lac du même nom.


Les nuages du début de matinée m'inquiétaient un peu. Mais au fur et à mesure de la progression, comme par magie, ils se sont estompé rapidement et le décor majestueux a commencé à se dévoiler. A ce moment-là, j'ai pensé qu'il allait se passer quelque chose.

La dernière heure se fait en pente raide, mais la forme est là, le beau temps aussi. Et là, la montagne se cabre devant moi comme un cheval sauvage. Des piliers droits et majestueux hérissés pour l’Éternité. C'est difficile d'exprimer ce que je ressens à ce moment-là, mais pour un amoureux de la nature en général et de la montagne en particulier, venir ici, c'est comme un astronaute qui se rend sur la Lune. Fabuleux !
Le Fitz Roy et la laguna de Los Tres.

De ce mirador, la vue est impressionnante, le glacier est blanc comme un cygne. On aperçoit du monde au bord du lac, les marcheurs sont nombreux, dont énormément de français.
S'il y a un glacier à droite, il y en a un aussi à gauche.

S'il y a un lac à droite, il y en a un aussi à gauche...Lorsqu'on descend légèrement sur la gauche, un deuxième lac se dévoile, le lac Sucia, aussi turquoise que son voisin. Un colosse avec de beaux yeux bleus !


Peut-être que j'abuse des photos panoramiques, mais c'est tellement immense, que l'ensemble du panorama ne rentre pas dans le champ de vision de l'appareil photo.

Je suis resté 3 heures en admiration, 3 heures de contemplation devant cette beauté de la nature pour laquelle l'homme n'y est pour rien. Je peux vous dire que pendant ces 3 heures, beaucoup de choses (positives) m'ont traversé l'esprit. Le Fitz Roy est un vecteur d'énergie incroyable.
Ce fut une journée bénie par les Dieux !

Le lendemain, à la fin d'une autre journée de marche, il fallait lever la tête pour le voir. Après la femelle vue au Chili, voici le mâle, le Seigneur des Cieux, le plus grand et le plus bel oiseau, très élégant avec son col blanc.
Le Condor des Andes.

Je crois que cette fois, ça va être difficile de faire mieux. A moins que...C'est à vous de juger.
Au CHILI.
Le trek Torres Del Paine.
Retour au Chili pour un trek de 4 jours avec 3 nuits en refuges. Il faut pour cela se rendre à Puerto Natales d'où s'organisent tous les transports pour se rendre dans le parc national.
Le trek W est le plus célèbre d'Amérique du Sud, par conséquent le plus fréquenté et le plus cher aussi. Le transport, l'entrée du parc et le bateau (30mn) pour se rendre au départ du côté ouest, coûtent 80€. Les 3 nuits en demi-pension en refuges...370€ ! Soit une moyenne de plus de 120€ la nuit. En France, ça coûte 40€...Il y a la possibilité de camper, pour beaucoup moins cher. Pour cela il aurait fallut que je loue une toile de tente, le matériel pour cuisiner, que j'achète de la nourriture, que je porte le tout sur mon dos de mule. C'est donc en connaissance des prix que j'ai choisi la formule en refuges. J'assume ce choix, mais je n'ai rien vu qui justifiait ce prix exorbitant. C'est donc une arnaque. Coût total 450€ !
Le trek W s'appelle ainsi tout simplement parce que le parcours est en forme de W. Il m'a fallut 32 heures de marche pour en venir à bout !
Le premier jour, le temps était couvert, pluvieux sur la fin. L'intérêt de cette journée, c'est l'approche du glacier Grey, avec son iceberg bleu. C'est moins impressionnant que le Perito Moreno, mais joli quand-même.

Le deuxième jour a été de toute beauté. Le soleil a brillé généreusement toute la journée. Le chemin d'approche permet de voir d'un coup d’œil, la montagne Paine Grande à gauche et Los Cuernos à droite, une superbe montagne imposante, noire à sa base, puis blanche en son milieu et 2 tétons noirs au sommet.

On s'enfonce dans la Valle Frances (la vallée française) jusqu'au mirador Frances. La vue au loin mêle forêts, montagnes et glaciers. Le glacier Frances est vivant lui aussi, il gronde, il craque. De gros blocs de glace se détachent et viennent se déverser au pied de la montagne.


Le panorama est grandiose lorsque le soleil aux rayons mauve jaillit de derrière Los Cuernos !

Passés ces grands moments de contemplation, le troisième jour est un jour de transition reliant le refuge Frances au refuge Torres à l'ouest. Une journée passée à longer le très beau lac Nordernskjöld au sud du chemin.

Il n'y a pas de différence entre la couleur du ciel et la couleur de l'eau du lac. Le bleu est intense sous le soleil !


L'effet miroir est parfait. La tranquillité qui règne ici procure un état de bien-être, une sérénité absolue. J'ai vécu là, au milieu de l'azur et de la splendeur, des moments de volupté calme...

Enfin, le quatrième et dernier jour, c'est le chemin des écoliers. Celui où tout le monde vient pour la journée, car il est possible de faire cette randonnée à la journée au départ de Puerto Natales en y venant en bus. Mais ça demande quand-même un petit effort pour grimper les 800 m de dénivelé. C'est la montée jusqu'aux fameuses Torres Del Paine (les tours du Paine).
De bonne heure le matin, les Torres sont passées à l'orange sous les projecteurs du soleil levant.

Puis le ciel s'est couvert de plus en plus. Cette fois, pas de ciel bleu arrivé là-haut, mais un ciel de soie grise.


La laguna est à 870 m d'altitude, et le sommet de la plus haute tour à 2850 m. Il y a donc 2000 m de verticalité, tout en granit. Impressionnant ! On constate qu'il ne reste plus grand chose du glacier. Comme de nombreux autres, il est victime du réchauffement climatique...
Malgré le manque de soleil, la clarté était suffisante pour apprécier le décor. Là encore, l'effet miroir embellit la vision d'ensemble, ce qui donne l'impression de voir 4000 m de verticalité !

Voilà les Merveilles naturelles, les grands espaces de la Patagonie. Aussi bien côté argentin que côté chilien. Je ne sais pas si c'est la plus belle région du monde parce que je n'ai pas encore tout vu. Mais si vous avez vu plus beau que ça, prévenez-moi que j'y aille de ce pas.
Pour voir ces splendeurs, il ne faut pas ménager ses efforts. Il faut se lever tôt, marcher en moyenne 8 heures par jour et laisser des gouttes de sueur sur les chemins de Patagonie. Comme partout en montagne me direz-vous. Sauf qu'ici, la récompense est suprême.
Je vais bientôt quitter le Chili avec un pincement au cœur. J'y ai passé 2 mois et demi fantastiques. En espagnol, ça s'écrit Chile (prononcez tchilé). Ce n'est pas un pays immense, mais c'est un pays d'immensités. Et que dire des chiliens (los chilenos) ! Des gens formidables, c'est reconnu par tous. Ils sont fiers, pas d'eux-mêmes, mais fiers de leur pays. Nombreux sont les jeunes qui viennent l'été marcher sur les pentes montagneuses. Ils sont bien équipés, sacs à dos neufs, chaussures neuves, toiles de tente, leggings fluo, appareils photos dernier cri. La panoplie complète. Des jeunes en communion avec leur environnement, des jeunes beaucoup moins citadinisés qu'en Europe. Ils campent quelque soit le temps et ce sont de bons marcheurs.
Lors de la montée aux Torres del Paine, j'ai fait connaissance avec un groupe d'étudiants sympathiques (évidemment). Je leur ai demandé de poser en leur disant que je les ai choisis pour incarner le peuple chilien et que ce serait la dernière photo de mon blog sur le Chili.
Muchas gracias a Chile !
Muchas gracias a los chilenos !





















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