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La Bolivie : de Sajama au salar d'Uyuni et le sud Lipez.

13 nov. 2016
7 min de lecture

Retour en Bolivie. Le souffle est coupé d'entrée !!!

Le volcan Sajama est le plus haut sommet du pays (6540m). Il fait peur à voir tellement sa masse est imposante. Je regarde par où on peut accéder au sommet, mais il faut que je me calme parce qu'il est réservé aux alpinistes expérimentés... Mais avoir vu de si près une telle beauté de la nature ravit l'amoureux de la montagne que je suis. La contemplation compense la frustration...

Les flamants roses s'abreuvent et se mirent dans les eaux de la laguna proche.

Potosi.

A 4090 m d'altitude, c'est la ville la plus haute du monde. Comme beaucoup de villes coloniales espagnoles en Amérique latine, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Cette ville minière ne m'a pas enthousiasmée, par contre sa terrible histoire mérite d'être contée.

La ville est dominée par le Cerro Rico, ce qui signifie "la montagne riche".

En 1545, un indien découvre dans une grotte les richesses de la montagne. Quelle aubaine pour les espagnols qui viennent tout juste d'arriver. Ils vont l'exploiter durant 3 siècles. L'empereur Charles Quint déclara Potosi ville impériale, la seule en Amérique Latine. Au XVIIè siècle, il y avait 165000 habitants, plus qu'à Paris, plus qu'à Londres !

Pas d'or, mais un filon d'argent, beaucoup d'argent qui brille sur les parois des 10000 galeries qui seront creusées ! La montagne en regorge, les espagnols s'en enivrent, le gaspillent. Au XVIe siècle, Potosi livre 240 tonnes d’argent en moyenne par an à la couronne d'Espagne, ce qui en fait de très loin la plus grande mine d’argent du monde. Les villes du sud de l'Espagne, comme Séville, seront embellies avec cette fortune colossale qui représenterait aujourd'hui plus de 50 milliards d'euros !!! Voilà pour le côté clinquant.

Du haut de la cathédrale, on voit très bien la montagne qui domine la ville. On ne dirait pas comme ça, mais c'est un véritable gruyère ! D'ailleurs, elle risque de s'effondrer. L'Unesco et le gouvernement bolivien l'ont classée patrimoine de l'humanité en péril. Pour l'instant rien n'est fait car la mine est toujours exploitée, environ 6000 mineurs y travaillent, elle continue de rapporter...

Des milliers d'indigènes furent amenés pour creuser dans les mines. Mais le travail était tellement meurtrier que les espagnols firent aussi venir des esclaves africains par bateaux entiers pour palier à la pénurie de main d’œuvre. En 1572, une loi espagnole obligea tous les esclaves de plus de 18 ans à travailler par roulement de 12 heures, sous terre pendant quatre mois. Les mineurs travaillent, mangent et dorment sans voir la lumière du jour pendant des mois. Dans ces conditions épouvantables, le taux de mortalité est énorme. Des études récentes estiment à 8 millions le nombre d'indiens et d'esclaves africains morts dans les entrailles de l'Enfer pendant la période coloniale. Huit millions d'innocents.

Une extermination organisée par les espagnols dont les yeux brillaient du reflet de l'argent. Il faut se souvenir qu'à cette époque-là, en Espagne (comme en France jusqu'à la Révolution), l'Eglise était proche du pouvoir. Cette abomination s'est donc déroulée sous les yeux de l'Eglise complice et cupide qui dépensa sans compter et fit construire avec cet afflux d'argent plus de 100 églises à Potosi, et des milliers d'autres en Amérique latine. Dans le seul but d'évangéliser les peuples indiens, c'était leur mission. Les pauvres esclaves pouvaient bien mourir, ça n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'importance, pourvu qu'ils meurent en bons chrétiens. Effroyable !

La souffrance des innocents, d'hier et d'aujourd'hui, m'empêche de faire une bêtise, celle de croire en Dieu...

Sucre.

La ville doit son nom au maréchal Sucre qui, à la tête de son armée, défit les troupes espagnoles jusqu'à la victoire de la bataille d'Ayacucho qui assura l'indépendance de la Bolivie en 1825. Pays qu'il présida jusqu'en 1828.

C'est une ville coloniale, elle aussi inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est un régal de se promener dans cette ville étudiante de 300 000 habitants. Une ville moderne, propre, où il ne manque de rien, c'est une ville du 21ème siècle,. Toujours le même schéma, avec son immense place centrale ombragée et sa cathédrale.

Mais cette fois je vais vous montrer quelque chose de différent, une autre vision d'un pays lointain aux coutumes différentes. C'était le jour de la Toussaint.

Ça commence petit mais il faut quand-même une échelle pour accéder à ses proches disparus. Les échelles se louent auprès de jeunes garçons et de jeunes filles.

Pour les femmes les plus anciennes le noir est de rigueur, en cas de décès récent sûrement, mais surtout par tradition.

Comme partout, on y prie, on y pleure, on y apporte des fleurs. Mais aussi des offrandes, elles sont copieuses et partagées entre les membres de la famille à l'issue du recueillement. Vous remarquerez la variété des pains.

Columbarium est un mot dérivé du latin colomba, il signifie "niche de pigeon". Ici, toutes les niches sont vitrées, et fermées à clé. Les fleurs sont disposées à l'intérieur et ainsi protégées. Mais il n'y a pas que des fleurs, en regardant bien, on voit des mignonnettes de bière et un verre pour les hommes, du Pepsi, des statues de la Vierge, des cadres avec la photo du défunt.




C'est une ville dans la ville. Ce jour-là, des milliers de personnes s'y sont pressées. L'endroit est ouvert aux visiteurs et les photos sont autorisées. On y vend des bonbons, il y a des stands de boissons, mais bébé n'aime pas encore ça.



Face au nombre croissant de locataires, il a fallut ajouter des étages. A certains d'entre eux on fait de l'ombre, à l'aide de stores.

Mais ça ne suffit toujours pas. Comme partout, la mort continue de rôder et frappe tous les jours. C'est la crise du logement, alors il faut encore agrandir. Les travaux sont en cours...Impressionnant !

Ils sont catholiques, comme ceux de France. Les croyances sont les mêmes, les commémorations diffèrent, toujours dans le même respect de ceux qu'on a aimés.

Maragua.

Je ne vous cache pas que j'avais des fourmis dans les jambes. Il me fallait marcher un peu. J'ai donc pris un trek de 2 jours dans les montagnes environnantes de Sucre. Un trek facile, en moyenne montagne à 3000m.

La randonnée est agréable sous une forte chaleur. Heureusement, je peux me rafraîchir sous une cascade, juste après avoir traversé un pont suspendu.


Plus loin, la présence de chevaux me rappelle les Pyrénées.

Après 6 heures de marche, j'arrive au village de Maragua. Un lieu magique ! Le village est lové au fond d'un cratère dont la terre est rendue rouge par la présence d'oxyde de fer. C'était un ancien plateau dont les bords se sont soulevés sous la poussée des plaques tectoniques. Aujourd'hui, le village est entouré de montagnes dont les flancs terreux sont en forme de pétales de couleur verte. On dirait des coulées de lave, mais disposées à l'envers. L'endroit est surprenant, unique au monde. Cette curieuse formation géologique fait 8 km de diamètre.

Le salar d'Uyuni et le sud Lipez.

Le salar d'Uyuni, à 3650 m d'altitude, est un immense désert de sel, le plus grand du monde, l'équivalent de 2 départements français. Il paraît sans fin même si on aperçoit dans la brume des volcans lointains. Tout est plat, tout est blanc comme de la neige. La sécheresse forme des alvéoles, comme un nid d'abeilles, à l'infini. Le blanc fait mal aux yeux, le port de lunettes de soleil est évidemment indispensable. Malgré tout, le soir, nous avons tous les yeux rouges.

La réserve de sel est estimée à plus de 60 milliards de tonnes ! Mais il y a un danger : l'homme, bien sûr. Le salar recèlerait plus de la moitié des réserves de lithium de la planète. A l'heure de nos milliards de batteries de téléphones, le filon intéresse le gouvernement bolivien qui souhaite l'exploiter. Ce n'est pas encore le cas. Affaire à suivre...

Pour parcourir la région, il faut 3 jours. Pour cela, il faut prendre un tour en 4x4. Nous étions un groupe de 5.

On quitte le village d'Uyuni et on roule jusqu'à l'entrée du salar où il y a un hôtel de sel avec, à proximité, des drapeaux de divers pays flottants au vent, dont celui de la Bretagne. Il fallait immortaliser l'instant.

On roule. Plus on roule, plus une tâche sombre se rapproche. Une île, au milieu du désert. L'île Inca Huasi, "la maison de l'inca".





De loin, on dirait qu'il y a beaucoup de monde sur l'île, comme des sentinelles. En effet, il y les gardiens de l'île...

Des milliers de cactus candélabres, dont certains en fleurs. Ils sont vieux de 1200 ans !



Le lieu est magnétique, on ne veut plus le quitter.

Mais il faut bien continuer, et rigoler un peu. En effet, les chauffeurs de 4x4 sont passés maîtres dans l'art de la photographie artistico-comique. Ils ont tous des accessoires à l'arrière du véhicule. Il faut jouer le jeu, ne pas se prendre au sérieux car c'est très ludique et plaisant. L'effet est garanti.

Pour notre part, nous avons été attaqué par un dinosaure, énorme, de plusieurs mètres de haut. Mais l'esprit d'équipe l'a emporté et nous avons terrassé le monstre. Même pas peur !

Comme nous avons été forts, nous avons été récompensé...en liquide !





Le bon vin, c'est comme la nourriture, il ne faut pas jouer avec. Il ne faut pas non plus le laisser vieillir, il pourrait bouchonner. Mieux vaut le boire...



Quand on sort du salar, on dort dans un petit village, à San Juan de Rosario. Malgré l'isolement, c'est confortable.

Le lendemain, on poursuit notre route vers le sud Lipez. Après le désert blanc, voici un désert de montagne et de sable, ponctué par des lagunas d'une beauté insoupçonnable. Lamas et flamants roses apportent une couleur andine. C'est ni plus ni moins que l'un des plus beaux endroits du Monde.





Pour commencer, la laguna Hedionda, la plus belle d'une série de 5 lagunas très proches les unes des autres.

Sans le savoir, les flamants roses jouent les artistes.





Le lieu est intemporel. Si Tchaïkovsky était venu ici, il aurait composé "le lac des flamants roses".

Comme je ne peux malheureusement pas rester là une éternité, je continue ma route sans savoir ce qui m'attend. Comment voulez vous que j'imagine un instant que ce que je vais voir puisse exister ? La pureté du décor procure des émotions fortes. Quel émerveillement !

Dieu que c'est BEAU !

Tout d'abord, les geysers Sol de Manana (soleil du matin). La température est de 200°C. On y vient au lever du soleil, c'est à ce moment-là qu'ils sont le plus actifs. Lunaire. Un régal !

La laguna Colorada. Des algues rouges microscopiques réagissent à la lumière. Le rouge ressort, éclate de beauté. Le blanc, c'est du sel. Les lamas font partie de ce décor complètement irréel.


Les lamas vous saluent bien. Moi aussi.

C'est ici que s'achève mon voyage en Bolivie, le pays des merveilles !

 
 
 

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