La Bolivie : de la Paz au lac Titicaca.
11 oct. 2016
7 min de lecture
La Paz.
La Paz est la capitale la plus haute du monde, perchée à 3600m d'altitude. La ville compte 1 million d'habitants. Elle est encaissée, un peu comme une grande cuvette dont les hauteurs sont habitées par les plus défavorisés. Le centre ville et le quartier touristique, plus riches, se trouvent au fond de cette cuvette. C'est là que se trouvent les églises, les administrations, les banques, les quartiers d'affaires, les hébergements, les restaurants, ainsi que les boutiques pour les touristes.

2 lignes de téléphériques toutes neuves, la ligne rouge et la ligne jaune, partent du centre ville pour atteindre les hauteurs. La vue est superbe. Ils sont pleins, à 0,40€ la population ne s'en prive pas (la monnaie du pays est le boliviano)
C'est une ville rouge. Dans les quartiers défavorisés, nombreux, les maisons sont construites en briques rouges apparentes, il n'y a pas d'enduit. En fait, c'est volontaire, les maisons sont considérées non finies, les propriétaires payant ainsi moins d'impôts.


Les femmes en tenues traditionnelles s'appellent les cholitas, elles sont chaudement habillées et portent, certaines mais pas toutes, le chapeau melon. Ce chapeau a été importé par les anglais au XVIIIè siècle, venus construire les lignes de chemins de fer. Au contraire des hommes, les femmes l'ont aimé. Il s'appelle le borsalino. Il est souvent plus petit que leurs têtes, c'est rigolo! Il tient en équilibre, on se demande comment.
Elles tressent leurs longs cheveux noirs en 2 tresses reliées dans le dos par un pompon.


Scènes de la rue.



Le Huayna Potosi (6088m)
Cette montagne domine La Paz du haut de ses 6088m. C'est soi-disant l'un des 6000m les plus faciles à grimper au monde. Pour information, ici on ne fait pas de l'alpinisme, mais de l'andinisme.

Le voici dans toute sa splendeur à l'approche.

A La Paz, des dizaines d'agences se chargent de tout organiser (transport, guides, repas, équipements de haute montagne, vêtements chauds)
Il faut 3 jours pour arriver au sommet.
Jour 1 : un minibus amène les clients le matin dans un premier refuge situé à 4700m d'altitude. On mange, et on part à 4800m faire de la pratique sur un glacier avec crampons et piolets, et escalade d'un mur de glace. Je me suis régalé à faire ces exercices (à la hauteur du Mont-Blanc)
C'est là que j'ai vu mes premiers lamas sur fond de cordillère des Andes.

Jour 2 : montée au 2è refuge à 5130m avec tout l'équipement sur le dos. Les grosses chaussures obligatoires fournies par l'agence sont des chaussures à double coques. Elles pèsent une tonne ! Les crampons, le piolet, le harnais, le casque, les vêtements chauds, 4 litres d'eau, le sac de couchage. Le sac à dos pesait près de 20kg. Je vous y verrais avec 20kg sur le dos à 5000m. J'ai souffert comme jamais pour monter ces putains de 500m de dénivelé. Je ne suis pas bien acclimaté, c'est une évidence et c'est surtout de mauvaise augure pour l'ascension finale.
Arrivée au refuge à midi, repas et temps libre. Y a pas grand chose à faire à 5130m...
Repas à 17h et dodo à 18h.


Jour 3 : debout à minuit, petit déjeuner et départ à 1h pour 6 heures d'ascension à la lampe frontale. Il fait -5°C. Je suis seul avec Jesus, mon guide. On chausse les crampons et c'est parti en cordée. Je porte juste mon petit sac à dos avec mon appareil photo, 1,5 litres d'eau, 3 barres de céréales et la crème solaire (pour le sommet et la descente sous le soleil). Vu les difficultés de la veille, je m'en doutais un peu, c'est pas la grosse forme. Je ne suis même pas bien du tout. Marcher dans la nuit et dans le froid apporte plus de souffrance que de plaisir. De plus, ce n'est pas de la neige, mais de la glace, c'est pas très rassurant. Je peine à respirer à cette altitude, et quand vous respirez mal, les jambes ne sont pas bonnes. Vaille que vaille, je monte.
A 5700m, je suis au bord de l'épuisement. Le mal de crâne, dû à l'altitude, surgit. j'ai la bouche sèche, j'ai des picotements au bout des doigts, je commence à tousser. Jesus, fort sympa, me rassure et m'encourage à continuer.
A 5800m, je m'assieds sur la glace. Je ne peux plus respirer. Je ne tiens plus debout, épuisé comme je ne l'ai jamais été. Mes jambes sont molles, j'ai la bouche pâteuse, je vois plein d'étoiles dans mes yeux et je tousse sans arrêt. J'ai la tête comme serrée dans un étau. Alors je suis là, assis sur la glace, comme un âne qui ne veut plus avancer. Il fait nuit et -12°C. Vous n'avez jamais vu un âne pleurer ? Ben moi si. Des larmes de glace.
Je le vois le sommet, je ne suis pas loin, je vois sa masse blanche dans la nuit claire. Mais je n'en peux plus. Je suis dans un univers grandiose, en pleine nuit, mais je ne suis rien, juste une petite note dans le grand concert de l'Univers. Je ne vais quand-même pas rester geler ici pour qu'on me retrouve à la fonte des glaces. Alors, la mort dans l'âme, je me relève et je rebrousse chemin vers la descente, sans même me retourner pour regarder une dernière fois celui que je convoitais tant.

Cette photo, je l'ai prise le jour-même en début d'après-midi lorsque nous redescendions à la Paz. C'est quand-même impressionnant !
Il ne faut pas rester sur un échec. L'inaction n'est pas la solution. A peine rentré à la Paz, je prends une douche et je file à une agence. Comme je ne peux pas monter aussi haut que je le souhaitais, et bien je vais descendre. J'ai donc réservé une descente en VTT. Un truc de vieux quoi. Sauf que ce n'est pas une descente comme les autres.
La route de la mort.
Tout d'abord, je vous invite à regarder la vidéo qui suit, ça met dans l'ambiance.
Avant, c'était à minima 300 morts par an. Aujourd'hui, ils ont construit une route ailleurs pour éviter cette hécatombe.
Mais ils ont conservé la piste pour les vététistes qui n'ont pas peur. Il n'empêche, un français à trouvé la mort cette année en faisant le clown. Vous verrez l'endroit tout à l'heure.
La descente commence à 4700m d'altitude pour se terminer à 1200m soit 3500m de dénivelé en descente, sur une longueur de 63 km.
J'ai fait cette descente avec un jeune couple de français et un jeune couple bolivien. Sur les photos de groupe, je suis reconnaissable avec ma tenue bleue et le casque rouge. C'est notre accompagnateur qui filme et prend les photos tout en roulant ! On récupère le tout le soir sur une clé USB.
On commence doucement sur la route pendant 30 km à 70km/h. C'est parti !



On fait une pose sandwich/boisson et on charge les vélos sur le minibus qui nous accompagne. Les vélos ne sont conçus que pour la descente. Nous faisons donc une petite grimpette de 7 km en minibus pour arriver à la fameuse route de la mort. Elle se situe dans un ambiance tropicale humide, nous avons malheureusement eu une mauvaise visibilité. Sur cette piste dangereuse, notre accompagnateur n'a pas pu prendre de photos en roulant. C'est pourquoi les photos sont statiques, prises aux meilleurs endroits de la descente.




Le ravin fait 700m.

Sur la photo suivante, je passe là ou le français est tombé et a trouvé la mort. Prudence donc.

Waouh ! Quel moment grandiose. Je me suis éclaté comme rarement à vélo. C'est une descente vertigineuse que je recommande à ceux qui passeront par là un jour.
Le lac Titicaca.

Un nom qui fait rêver les grands voyageurs, un nom qui fait rire les jeunes écoliers.
Le lac est perché à 3810m d'altitude dans l'altiplano (les hautes plaines) et est à cheval sur la Bolivie, qui en possède 40% et le Pérou 60%
Côté bolivien, la ville touristique des bords du lac est Copacabana. Une ville sans grand intérêt à mes yeux. Pour bien profiter du lac, j'ai décidé de passer 2 jours sur l'isla del Sol (l'île du Soleil) à 2 heures de bateau (lent) de Copacabana.
Il y a 3 villages sur l'île de 2300 habitants. Je me suis installé dans le village de Challapampa au nord.
C'est un village de 700 habitants hors du temps où la vie s'écoule paisiblement comme au bord d'un long lac tranquille. Il n'y a pas de route, aucun véhicule, même pas un vélo. La plupart des touristes ne sont que de passage, ils viennent pour la journée faire la traversée du chemin des crêtes du nord au sud de l'île, et repartent à Copacabana en soirée. Les habitants essaient de tirer un petit avantage de ces visiteurs de passage. Il y a une demi douzaine de petits hôtels. J'ai pris mon temps pour explorer cette île sous un beau soleil.
Cela dit, il fait frais à cette altitude. 10°C dans les chambres la nuit, sans chauffage. Mais 3 couvertures en laine d'alpaga réchauffent et je dors bien.
Les habitants ramassent un peu de goémon sur la plage tous les jours, c'est leur engrais. Les ânes déambulent sur la plage.



Le conseil du village se réunit régulièrement, il n'y a pas de salle, alors ils font comme ils peuvent. Les femmes sont là, mais tenues à l'écart.



Les habitants sont gentils, toujours un bonjour, mais ils n'en font pas des tonnes.
Ils cultivent en terrasses, principalement des pommes de terre, du mais, des choux-fleurs, des oignons, mais surtout de la quinoa. C'est du bio et toutes les récoltes restent dans le village. Ils sont ainsi en autosuffisance en légumes et céréales. Seuls le riz et les fruits viennent du continent, des plaines amazoniennes à l'est du pays . Il y a quelques vaches, pas beaucoup. Ce n'est ni pour le lait ni pour la viande, mais seulement pour la bouse qui sert aussi d'engrais.
Il y a une école, mais pas de médecin. Ils disent que le climat froid et sec est sain pour la santé et ils mangent leur propre production. Ils sont rarement malade ! Si quelque chose arrive, Ils se soignent avec les plantes médicinales qui regorgent sur l'île. En cas d'accident, il faut aller sur le continent, à Copacabana.
Il y a bien sûr la pêche. Je mange de la truite tous les jours, pourquoi m'en priver, elle est bonne et pas chère. Malheureusement, ce n'est pas un lac très poissonneux à cause de la surpêche.
Promenade dans une rue du village.

La cordillère des Andes, impressionnante, barre l'horizon.


Prochaine étape : encore le lac Titicaca, mais côté Pérou.




















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