Le Nicaragua : de Ometepe à la mer des Caraïbes.
- 9 mars 2016
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 nov. 2020
Ometepe, c'est une île au milieu du lac Nicaragua. L'île est en forme de 8 avec un volcan sur chacune des boucles du huit. Il faut 1 bonne heure de ferry pour y accéder. On est au niveau de la mer.
Voici une carte trouvée sur internet pour que vous situiez l'endroit. J'y ai tracé mon parcours dans le pays. En pointillé, ce qui me reste à faire avant d'aller au Costa Rica.

On voit ici à gauche le volcan Concepcion, 1610m d'altitude et à droite son petit frère, le volcan Maderas, 1394m.


Voilà la bête, vue de loin ! Et je suis venu pour aller là-haut. 1500m de dénivelé sur une pente à 45°. C'est la grimpette la plus difficile de toute l'Amérique centrale, jusqu'à 10-12 heures l'aller-retour ! En serais-je capable? Chaque chose en son temps. Visitons d'abord l'île.
C'est un lieu de villégiature où le contact avec la nature est instantané. Il y a un service de bus qui parcourt l'île du nord, les routes sont pavées. La partie sud est plus sauvage, il n'y a plus de route, seulement une piste cahoteuse. J'en sais quelque chose, je l'ai faite en VTT. Mes bras m'en tremblent encore.
On croise de tout sur la route. C'est très authentique. J'adore ça.


Je me suis installé dans un hôtel super charmant, au bord du lac, sur la plage de Santo Domingo. Pour avoir fait presque le tour de l'île, franchement, c'est le plus bel endroit.
La plage est belle et l'eau est chaude. Mais ce vent, toujours ce vent qui ne cesse de souffler. C'est désagréable. Le seul avantage c'est qu'il fait moins chaud.
Je regarde le volcan. Couvert de nuages. C'est pas bon signe. Déjà que l'ascension est à l'origine de beaucoup de défaillances, de chutes, de blessures. Les guides ont du boulot à ramener certains de leurs clients.
Ometepe, est vraiment un endroit agréable, je m'y sens bien, les habitants sont charmants, la nature est omniprésente, on peut s'y promener en bus, mais aussi en moto, en scooter, à vélo ou à cheval. L'éventail est large et a de quoi satisfaire tout le monde.
La plage est donc agréable et là aussi on voit de tout. C'est la cour de récréation, mais aussi l'abreuvoir des chevaux. Ces photos ont été prises de la terrasse de l'hôtel, sauf le gros plan pour lequel je me suis rapproché de ce beau spectacle gratuit.



Je regarde souvent le volcan, il y aurait un joli cratère au sommet. Il est impressionnant, mais il ne m'impressionne pas...Il est toujours sous les nuages. J'ai observé le phénomène, les nuages s'enroulent autour du sommet du cône, comme une écharpe autour du cou, et tournent autour mais ne s'en vont pas. Je ne verrai plus jamais le sommet, ni de loin...ni de près.
Pendant 3 jours, je me prépare. Le matin, footing sur la plage, petit-déjeuner et natation. La veille de l'ascension, la même chose, plus 4 heures de VTT.
Je ne veux pas faire l'ascension avec un groupe. Trop lent. Alors je me mets à la recherche d'un guide non-officiel que je trouve facilement. Jusiel a 21 ans et doit me trouver bien vieux car il me demande mon âge. J'aime pas beaucoup ça, il a l'air sceptique. Il y a tellement de défaillances et de blessés dans cette ascension. Bon, c'est ok pour le lendemain matin.
On ira sur le lieu du départ en bus, le bus de 5h30.
L'ascension du volcan Concepcion.
J'ai bien dormi et je suis en forme en cette heure matinale. Le bus est en retard, j'attends seul dans la nuit, mais il finit par arriver. Jusiel est là. Le bus nous dépose au lieu-dit Los Ramos. Le vent souffle fort, c'est donc que là-haut, ça va pas être du gâteau. Jusiel me dit qu'il faut compter entre 4 heures et 4h30 d'ascension. Je me connais et fais un rapide calcul dans ma tête. Je ne vais sûrement pas mettre 4 heures pour monter là-haut.
A la descente du bus, il est accompagné. C'est son grand frère, il va faire l'ascension avec nous.
Pourquoi, demande-je ? Et là, le coup de massue, l'horreur, la phrase la plus vexante que j'ai jamais entendue de toute mon existence !!!
- Parce que l'ascension est très difficile...
Ouais d'accord !
- ...et la descente est dangereuse...
Ouais d'accord !
...Si tu es blessé ou fatigué, on sera à 2 pour te porter.
Hein !? Quoi !? Me porter, moi !?
C'est un gag ! C'était donc vrai, il est vraiment sceptique.
On va voir ce qu'on va voir mes cocos...
Nous sommes à 160m d'altitude, il va falloir grimper 1450m de dénivelé, c'est beaucoup. Le haut du volcan est sous les nuages.

Il est 6h30, c'est parti. On longe une bananeraie. Au bout de 10 minutes, mes 2 cocos s'arrêtent, se regardent, se parlent.
- On s'est trompé de chemin.
Ben voyons ! Il faut traverser la bananeraie pour trouver le bon chemin de l'autre côté.
Au milieu de la bananeraie, on croise un homme, ils discutent.
- C'est le propriétaire, on n'a pas le droit de traverser. Il faut que tu payes 20 cordobas, un droit de passage.
J'en crois pas mes oreilles...
On attaque enfin la montée, d'abord dans une petite forêt, ça grimpe déjà dur mais le terrain est bon. Avant de sortir de la forêt, on tombe sur un groupe d'étrangers, 3 couples avec leur guide, équipés comme de vrais montagnards, mais ils sont déjà à l'agonie,
Ils m'ont tellement vexés mes 2 zigottos, que j'avance comme un taré. A peine un bonjour et je continue la montée. Vamos, vamos.
Vingt dieux que c'est raide. Parfois sablonneux dans les coulées de lave. Du sable noir volcanique qui rend difficile la progression. Et ce vent, une horreur à présent. On fait une pose. Je regarde l'heure qui indique 8h30. Je regarde mon alti qui indique 1074m. Waouh ! 925m de dénivellé en 2 heures. La top forme !
Mais ce vent !
On continue notre progression. Les pierres volcaniques, noires et poreuses, roulent sous mes pieds. Un coup je monte, un coup je descends. Je commence à payer mon ascension trop rapide. J'ai les cuisses chaudes bouillantes. Elles vont lâcher. Et ils vont me porter pour descendre. Certainement pas, pas question!
Impossible de me tenir debout. Je rampe, face à la paroi à 45°, les pierres continuent de rouler sous mes pieds et de me faire glisser. Je repère à 5 mètres sur ma droite, une paroi rocheuse, dure. C'est du coup plus facile, mais toujours en rampant comme un lézard.
Ils s'arrêtent. Je bois un coup. Je regarde l'alti. Il est 9h15 et on est à 1450m d'alititude. La vache, j'ai super bien grimpé. J'en reviens pas.
Je vais pour repartir à l'assaut du cratère.
- On ne va pas plus loin, c'est trop dangereux.
La stupeur. On ne va sûrement pas s'arrêter là. A contre-coeur, ils me suivent. Je m'arrête. 1500m, J'y suis presque. Mes lunettes s'envolent ! Je les retrouve à 2m, heureusement intactes. Je les range. Je ne vois pas à 10m. Impossible de rester debout. J'essaie quand-même pour la photo.
On voit que j'ai du mal et que je n'ai pas bonne mine. Exténué, à bout de forces. Regardez le terrain sur lequel je suis. Instable, comme moi.

1500m. Ils ne veulent pas aller plus loin, c'est trop dangereux. Le cratère est là, juste au-dessus. Ca sent le souffre, mais ce n'est pas dérangeant.
Un peu fou, je continue tout seul, ventre à terre. 1550m. Plus que 60m de dénivelé à faire. Une broutille. Je m'arrête pour boire de l'eau. La visibilité est nulle. Je ne vois plus mes 2 brancardiers qui s'égosillent à vouloir me faire descendre. Le vent me retourne, me voilà sur le dos, comme un scarabée. Je réfléchis (enfin) et je me dis que je suis là, en haut d'un cône hostile, comme un fétu de paille prêt à s'envoler. Eh hop ! directement au Paradis. Pour l'instant, c'est l'enfer.
L'une des règles d'or en montagne, quand les conditions sont difficiles, c'est de ne jamais se perdre de vue. La raison l'emporte. Sagement, je descends. Frustré. Les guides ont eu peur, ils sont rassurés.
La descente est longue et difficile. Mes cuisses sont tétanisées, elles me font mal. Une fois je glisse, je m'accroche à ce que je peux. Une plante, comme un cactus. Des épines plantées dans la paume d'une main, mon short déchiré...C'est pas mon jour, et j'aime pas quand c'est pas mon jour. Surtout en montagne.
Bien sûr, on finit toujours par arriver en bas. A midi, l'affaire est pliée. 5h30 pour faire l'aller-retour...Et personne ne m'a pas porté !...
Cette belle ascension me laissera un goût amer d'inachevé. mais avant tout, ça restera un beau souvenir.
Je rêverai longtemps du cratère du volcan Concepcion que je n'ai jamais vu.
La mer des Caraïbes.
Changement radical de décor. Il faut bien varier les plaisirs.
Il m'a fallu 3 jours pour y arriver. Je suis remonté par Granada, puis El Rama d'où j'ai pris un petit bateau à moteur pour remonter le Rio Escondido pendant 1h45 jusqu'à Bluefields, une ville côtière pas terrible. Alcool et drogue font bon (ou mauvais) ménage.
C'est la galère pour rejoindre les Corn Islands à partir de Bluefields. J'ai dû attendre 2 jours qu'un bateau veuille bien y aller. Finalement j'ai embarqué sur le Captain D, un bateau de marchandises qui prend aussi des passagers. C'était authentique.




Me voici sur l'île de Big Corn qui signifie gros grain de maïs. C'est l'ambiance Caraïbes avec ses petites maisons en bois.
La grande plage, Long Bay, est plutôt jolie. Il y a des rouleaux, pas méchants, qui rendent la baignade agréable dans une eau chaude.


Il faut être vigilant sur la route. N'importe quoi peut traverser n'importe quand...

Une panga (petit bateau à moteur), fait la navette entre Big Corn et Little Corn qui signifie petit grain de maïs.
La petite île est beaucoup plus belle que la grande. Ici, à Little Corn, il n'y a pas de voitures, aucun engin motorisé. Seulement des vélos et des marcheurs. L'île fait 6 km de long sur 300m de large. On en fait vite le tour.
Des bateaux approvisionnent régulièrement l'île. Le déchargement se fait avec une charette à bras ou avec une brouette. Bonjour la corvée.


En parcourant l'île, on tombe sur de belles plages. Il y a une barrière de corail qui m'a permis de faire encore du snorkeling avec des petits requins et des raies. Plutôt bien donc.


Mon petit bungalow jaune poussin sur la plage, très agréable. Le must ici, c'est la langouste à tous les repas. J'en profite, c'est pas cher (8€)

C'est tellement la galère pour avoir un bateau disponible, que je suis revenu à Bluefields en avion, durée 20mn. J'ai refait le chemin inverse sur le rio Escondido pour revenir à El Rama.
El Rama.
Le Nicaragua, c'est le pays des chevaux, indiscutablement. A El Rama, il y a des vendeurs de selles, étriers,éperons, mords, etc...J'ai fait 7 heures de bus dans la région. Les paysages sont superbes, les arbres en fleurs, de magnifiques mimosas. Il y a beaucoup de ranchs avec des élevages bovins, d'où la présence de nombreux chevaux servant à les rassembler, les guider, les isoler. C'est le rôle du cavalier, le ranchero. Ils sont très nombreux. Ca donne un petit air de far-west à cette région.
Par contre, beaucoup de chevaux ne sont pas bien épais, efflanqués à faire pitié.



La rivière San Juan.
La rivière San Juan est à la frontière avec le Costa Rica. Elle rejoint le lac Nicaragua à la mer des Caraïbes.
Je me suis longtemps posé la question. J'y vais, j'y vais pas ?
Heureusement que j'y suis allé, ça m'a permis de voir le plus beau village du Nicaragua.
Le village de El Castillo est isolé, seulement accessible en panga, une grande embarcation à moteur. On part de San Carlos et 3 heures plus tard on arrive au village.

Une forteresse domine le village, construite par les espagnols. Elle leur servait à lutter contre les pirates, attirés par l'or espagnol, qui empruntaient la rivière pour s'échapper dans l'Atlantique.
Les yeux s'arrondissent quand on commence à voir le village apparaître.

El Castillo est lové au pied de la colline supportant la forteresse.
N'étant accessible qu'en panga, il n'y a pas de route d'accès. J'ai vu quelques vélos, mais peu. Les habitants marchent tranquillement sur le chemin bétonné qui longe la rivière. C'est un petit village qui ne fait que 1km de long. Toutes les maisons sont en bois. C'est beau, c'est fleuri, c'est propre, c'est calme et c'est là que les habitants sont les plus gentils du pays.




Dans la campagne environnante, j'ai pu voir des rancheros en action. Ce n'est pas un travail de tout repos.



J'ai fait une balade parmi les plantations de café, de cacao, il y a des arbres à litchis, des goyaviers, de la canelle, des melons, des ananas. De quoi satisfaire les papilles des habitants et de ceux qui les visitent.
Je marche beaucoup, tous les jours. Alors cette fois j'ai pris un moyen de locomotion qui s'impose dans ce pays de cow-boys.


Alors, vous en pensez quoi ? Plutôt John Wayne ou plutôt Lucky Luke ?
Je viens de passer 5 semaines au Nicaragua. J'ai beaucoup aimé. Le pays est très dépaysant et diversifié. Il permet de faire des activités variées et très plaisantes. Vous en avez vu un aperçu et le moins que je puisse dire, c'est que je ne me suis pas ennuyé. Le Nicaragua fait parti des pays où je me sens bien. Ce pays est une bonne surprise.
Demain, je passe la frontière du Costa Rica.






















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