Cuba : de La Havane à Trinidad.
Dernière mise à jour : 17 nov. 2020
Cuba est une île des Caraïbes située près de Haïti, de la Jamaïque et de la Floride. Le pays compte 11 millions d'habitants dont 2,5 millions à La Havane, la capitale. C'est un pays catholique et les cubains parlent l'espagnol. Il y a 2 monnaies en circulation, le peso cubain (CUP) et le peso convertible (CUC). Les salaires sont payés en CUP, monnaie 25 fois inférieure au CUC, c'est la monnaie du peuple. La nomenklatura et les touristes utilisent le CUC. Dans les domaines de l'éducation et de la santé, Cuba fait partie des tous meilleurs pays du monde. Ces 2 secteurs sont gratuits, les cubains ont un taux d'alphabétisation de 100% ! C'est le bon côté du communisme, à peu près le seul. Les cubains vivent avec peu de revenus, un prof gagne 40€, un médecin 80€. J'ai vu un médecin vendre des bricoles dans la rue pour arrondir ses fins de mois. Il y a un système de retraite. J'ai fait une excursion dans une vieille voiture conduite par un vieux monsieur qui perçoit une retraite de 15€ et sa femme 8€. C'est ça le résultat de la Révolution, le nivellement par le bas. Ceux qui s'en sortent sont ceux qui reçoivent de l'argent de la famille émigrée en Floride, il y en a beaucoup.
Du temps de la colonisation espagnole, Cuba était une terre de richesse, premier producteur de sucre et de tabac dans le monde. Plus de 700 000 esclaves furent envoyés dans l'île au XIXème siècle pour assurer le rendement. Le problème ce n'était pas la condition des esclaves mais la couleur de leur peau, la couleur de Cuba. Si bien que l'Espagne demanda aux français de venir à Cuba pour "blanchir" la population ! De nombreux français vinrent de Louisiane et de Haïti, fuyant une révolte des esclaves. Aujourd'hui les cubains sont en majorité blancs et métis...
Cuba a obtenu son indépendance de la couronne d'Espagne en 1898 grâce à une intervention de l'armée américaine. La République indépendante de Cuba fut proclamée en 1902 sous surveillance américaine. En 1920, les américains détenaient les 2/3 des terres et des richesses de l'île. En 1953, un parti révolutionnaire se forma autour de la famille Castro, opposante au pouvoir militaire en place. Ils menèrent une attaque dans l’est du pays qui se solda par un échec. Des rebelles furent exécutés mais la famille Castro parvint à s’échapper et à gagner les montagnes. Mais leur chef, Fidel Castro, fut capturé et condamné à 19 ans d’emprisonnement. En 1955, le président cubain (Batista) fut réélu et amnistia les prisonniers politiques y compris Fidel Castro (!) qui se réfugia au Mexique après avoir mis en place un mouvement de résistance clandestine sur l’île. C'est au Mexique que Fidel rencontra un révolutionnaire argentin, Ernesto Guevara, dit le Che. La Révolution était en marche. Jusqu'en 1958, plusieurs actions de combat furent menées dans le pays, avec plus ou moins de succès, affaiblissant néanmoins le pouvoir. Sorti des montagnes en 1958, « Che » Guevara et Cienfuegos obtinrent des victoires et finirent par maîtriser les liaisons routières et ferroviaires. Le 28 décembre 1858, les troupes du « Che » réussirent un haut fait d'armes en capturant le train blindé des troupes gouvernementales sensées les combattre. Le 31 décembre, le président Batista abdiqua en s'enfuyant en République Dominicaine. Le 1er janvier 1959 Fidel Castro prononçait un discours triomphal à Santiago de Cuba dans l'est du pays et le « Che » et Cienfuegos s'emparaient de La Havane. Les révolutionnaires étaient au pouvoir, Fidel Castro premier ministre et Che Guevara directeur de la banque nationale (!) et ministre de l'industrie.
La Havane.

C'est une ville d'un autre âge, figée dans le passé, délabrée par endroits, notamment le long du Malecon (la promenade le long de la mer) et dans le centre. Il y a de la musique presque partout ce qui donne une ambiance agréable.


La réputation de la ville, et du pays, ce sont les vieilles voitures américaines, de véritables bijoux. Des vieilles Ford, des Chevrolet, Cadillac, Pontiac, Buick, Plymouth, et autres, de toutes les couleurs, toutes plus belles les unes que les autres. Elles datent des années 50, du temps de la mafia américaine et des stars qui venaient s'encanailler à Cuba. Les voitures fermées sont des taxis collectifs et les décapotables sont pour faire un tour (cher) en ville en fumant un cigare !






Un petit tour à Habana Vieja s'impose. C'est le vieux Havane, le plus beau quartier de la ville, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Un quartier en cours de rénovation depuis longtemps, charmant, articulé autour de 4 places principales. Comme Plaza Vieja où les enfants des écoles viennent pratiquer leur séance de sport.


Plaza Catedral avec sa cathédrale et ses cartomanciennes au look folklorique.


Près de la Plaza de las Armas, des bouquinistes vendent des livres anciens, que des livres sur la Révolution...Che Guevara en tête de gondole.

Il faut dire que la Révolution est partout à Cuba, impossible de ne pas la voir. Jusque dans les maternelles où les portraits de Fidel Castro, Che Guevara ou Cienfuegos (compagnon de route du Che) sont affichées au mur, voire directement au tableau...Mais bon Dieu, laissons les enfants grandir dans l'insouciance !



Matanzas.
C'est une petite ville tranquille pas loin de la Havane. Une ville culturelle, à l'image du pays, l'éducation et l'apprentissage des arts étant gratuit. Les bords de la rivière San Juan ont été rénovés et dédiés à l'expression artistique.


J'ai vu dans la ville trois théâtres, des écoles de musique, de peinture, et une salle d'échecs où des tables et pièces de jeu sont à disposition des habitants. Et bien sûr la Révolution est omniprésente avec une grande affiche représentant les 3 derniers chefs d'état. Fidel Castro, Raul Castro et Miguel Dias-Canel, l'actuel président désigné par le parti communiste, parti unique à Cuba où il n'y a pas d'élection présidentielle.



Playa Larga et Playa Giron.
Playa Larga n'a rien d'exceptionnel, mais j'ai aimé cet endroit. J'étais logé chez Mongui le Chef, un vieux cubain vivant seul au bord de l'eau dans sa minuscule maison bleue. Une chambre monacale, mais j'aime ça. Et il m'a cuisiné une langouste à la créole excellente pour trois fois rien.


A Cuba, depuis 2012, les cubains ont la possibilité de louer des chambres aux touristes, on les appelle les casas particulares. C'est bien pratique, pas cher, souvent confortable, en contact avec les cubains, et les petits déjeuners sont copieux.
A Playa Giron, c'était vraiment bien. Voici un exemple de chambre confortable pour 20€ avec pdj.


Ces deux villages de la côte sud de Cuba, ont été le lieu d'un désastre, un désastre des américains parce que on est ici dans la Baie des Cochons.
Ça s'est passé du 17 au 19 avril 1961, deux ans après la Révolution. Le pays ayant récupéré les terres et les entreprises appartenant aux américains sans contreparties financières, ces derniers mirent en place un blocus (toujours en cours) en représailles. Cuba s'étant rapproché de l'URSS, les américains voyaient ça d'un mauvais œil. En pleine guerre froide et sous l'influence des faucons de la CIA, Kennedy donna le feu vert à une invasion militaire à Cuba à condition qu'il n'y ait pas de troupes américaines. Ce sont 1400 exilés cubains, opposants au castrisme, qui furent entraînés par l'armée américaine pour débarquer sur l'île. Sauf que ça ne s'est pas bien passé. Les américains ont commencé à bombarder quelques bases militaires cubaines en utilisant leurs avions peints au couleurs cubaines...Mais les services de renseignements cubains étaient au courant de l'invasion et Fidel Castro avaient caché ses avions en dehors des bases bombardées. Les troupes des exilés arrivant sur Playa Larga et Playa Gijon n'ont pas reçu le soutien aérien prévu et leurs navires étant bombardés, ils se sont retrouvé cloués sur les plages. Une intervention aérienne américaine tardive n'y changea rien. Au bout de 2 jours de combat seulement, 114 anti-castristes furent tués et 1200 faits prisonniers. Nouvelle victoire de la Révolution et honte à l'Amérique !
A Playa Giron, un musée de propagande relate les faits et vante la Révolution.


La Patrie ou la Mort !

Cienfuegos.
C'est une ville coloniale bâtie par les français venus blanchir Cuba au début du XIXème siècle. J'ai aimé cette ville écrasée par la chaleur où l'effet de la brise venue de la mer des Caraïbes rend néanmoins l'air respirable.

Le parque central regorge de trésors architecturaux, comme le palais du gouvernement régional, la cathédrale, le Palacio Ferrer du nom du premier gouverneur de la ville.



Et toujours cette expression artistique incroyable qui se manifeste partout. Peinture, musique, danse, artisanat, et même jeunes filles copiant un défilé de mode devant un parterre d'écoliers. C'est une grande richesse parce qu'il ne faut surtout pas négliger l'art si utile.




Malheureusement, la propagande vieille de 61 ans oblige toujours les cubains à reconnaître les bienfaits de la Révolution. Le culte de la personnalité et le culte des morts a quelque chose de dérangeant. Il serait temps de laisser les cubains penser par eux-mêmes.
Cienfuegos, 13 février 2020. An 62 de la Révolution.


La santé : un droit de l'homme fondamental conquis par la Révolution cubaine de Fidel pour son Peuple
D'autant plus que voilà ce que ça donne la Révolution, des queues devant les magasins lorsqu'il y a un arrivage, et c'est comme ça tous les jours dans toutes les villes, les cubains exposés aux pénuries. Il n'y a qu'un produit qui ne manque et ne manquera pas, c'est le rhum...On voit ci-dessous une femme et un homme qui ont réussi à se procurer de la lessive après des heures d'attente. Et les quantités sont rationnées...Merci Fidel !


Il n'y a pas que les vieilles voitures américaines à Cuba. Il y a aussi les vieilles Lada datant de l'ère de l'influence soviétique. Et pour ceux qui n'ont pas de véhicule, le transport en ville se fait en charrette à cheval qu'on entend battre le pavé dès l'aube.


A Cienfuegos aussi il y a un Malecon, une promenade au bord de la mer des CaraÏbes, elle est de toute beauté. Longue d'environ 2km, elle est bordée de belles demeures de style mauresque, surtout à l'extrémité de la promenade, à Punta Gorda.




Un gros coup de cœur pour Cienfuegos !

Santa Clara.
Ce n'est pas la plus belle ville cubaine, mais c'est un lieu de pèlerinage là où El Commandante a son propre mausolée. C'est donc ici à Santa Clara que les troupes révolutionnaires, les guérilleros comme on les appelaient, firent dérailler le train des troupes gouvernementales le 28 décembre 1958. Un coup d'éclat osé qui permit à la Révolution de vaincre. A la tête des guérilleros, un certain Che Guevara, devenu un héros national.


Che Guevara était argentin diplômé de médecine. C'est en effectuant un voyage en Amérique latine qu'il se rend compte de la grande pauvreté. Il s'imprègne du marxisme-léninisme à travers ses lectures car c'est un passionné de littérature, et il se persuade que les inégalités ne peuvent être combattues que par la révolution. C'est encore de nos jours une évidence...

Il rejoint le mouvement révolutionnaire cubain dirigé par Fidel Castro qu'il rencontre au Mexique alors que celui-ci était en exil. Aux fil des actions de guérillas, Fidel Castro le nomme commandant (El Commandante) de ses troupes révolutionnaires. C'est son fait d'armes à Santa Clara fin décembre 1958 qui permit à la Révolution de vaincre. On lui octroya la nationalité cubaine et un poste de ministre de l'industrie où il ne brilla guère. Ce n'est pas un homme politique mais un révolutionnaire. En 1965, il quitte Cuba pour rejoindre la Bolivie et part en guerre contre le capitalisme voulant révolutionner le continent. Les américains s'en méfièrent et soutinrent l'armée bolivienne qui le captura et l'exécuta en octobre 1967 a seulement 39 ans. En 1997, son corps est rendu à Cuba et il est enterré à Santa Clara.
Après sa mort, il devient une icône et fait même l'objet d'un culte de la personnalité à travers des dérivés en tous genres, porte-clés, cartes postales, dessins, peintures, sacs, tee-shirts, etc...Il n'y a pas deux hommes dont l'image est exploitée à ce point, même Bob Marley arrive loin derrière. La photo de portrait prise par le cubain Alberto Korda est considérée comme la photo la plus célèbre du monde (ci-dessous sous forme de dessin)
Che Guevara, assurément un grand homme.

Trinidad.
Trinidad est devenue l'un des lieux les plus visités de Cuba, une ville coloniale au charme certain. Certains disent que c'est l'une des plus belles villes coloniales d'Amérique latine. Ceux-là n'ont pas vu Puebla et Campêche au Mexique, ni Antigua au Guatemala, ni Granada au Nicaragua. Elle offre néanmoins de belles perspectives, quelques belles demeures aux couleurs pastel, ses rues pavées, il y a une bonne atmosphère, mais je la trouve délabrée, dans son jus. Je ne sais pas si c'est une volonté de la laisser comme tel, mais je l'ai sentie délaissée.



Elle fut la capitale du sucre, une ville riche donc présentant de belles demeures coloniales. Elle est classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1988. Il y a une bonne ambiance musicale, notamment à la Casa de la Trova. Malheureusement, à 22 heures, les groupes de touristes s'y précipitent pour écouter la musique et danser pour ceux qui savent. L'endroit perd de son originalité. Il y a plusieurs Casa de la Trova à Cuba.







Commentaires